Le principe d’autonomie des fédérations (FIFA/CAF)
Le premier obstacle à la légalité internationale de cette mesure réside dans les statuts de la FIFA, notamment les articles 14 et 19. Ces textes stipulent que les fédérations membres — en l’occurrence la FEGAFOOT présidée par Pierre Alain Mounguengui — doivent gérer leurs affaires de manière indépendante et sans l’influence indue de tiers. En décidant unilatéralement de dissoudre un staff technique et de suspendre une sélection, le gouvernement gabonais commet ce que les instances internationales qualifient d’ingérence politique. Selon la jurisprudence de la FIFA, seul l’organe fédéral est habilité à prendre des sanctions sportives ou à nommer et limoger un sélectionneur.
Le conflit entre droit national et droit sportif
Sur le plan du droit interne, le gouvernement peut arguer que les deniers publics finançant l’équipe nationale lui confèrent un droit de regard et de sanction sur les résultats. L’argument de la « prestation déshonorante » et des valeurs de la Vème République est ici utilisé comme un levier de souveraineté pour justifier une mesure d’exception. Toutefois, dans l’ordre juridique sportif, ces arguments sont rarement recevables. La CAF et la FIFA considèrent que toute fédération qui accepte de participer à leurs compétitions se soumet prioritairement à leurs règlements. En invitant la FEGAFOOT à « prendre toutes ses responsabilités », le gouvernement semble conscient de cette fragilité juridique, tentant de déléguer l’exécution formelle des sanctions à l’instance fédérale pour limiter les risques de bannissement.
Les risques encourus : vers une suspension du Gabon ?
La question de la légalité sera tranchée par la réaction des instances de Zurich et du Caire. Si la FIFA juge que la mise à l’écart de Pierre-Emerick Aubameyang et Bruno Ecuele Manga ainsi que la dissolution du staff ont été imposées par le pouvoir politique, le Gabon s’expose à une suspension immédiate de toutes les compétitions internationales, incluant les éliminatoires du Mondial 2026 et les compétitions interclubs. Cette situation entraînerait également un isolement financier avec le gel des programmes de développement et des subventions de la FIFA.
En conclusion, si la décision est légale au regard de la force exécutoire du gouvernement sur son territoire, elle est en situation d’illégalité manifeste au regard du droit international sportif, engageant le pays dans un bras de fer juridique où la souveraineté politique défie l’ordre footballistique mondial.









