Par Guilou Bitsutsu-Gielessen
La gestion du capital politique de Brice Clotaire Oligui Nguema en ce mois de février 2026 pourrait faire l’objet d’un TD en cours de sciences politiques. Élu en avril 2025 avec un score massif (94,75 %), et reconnaissant lui-même tout le désespoir de la population dans ce score, il fait face aujourd’hui à un effondrement de sa popularité pour plusieurs raisons structurelles et conjoncturelles.
Le décalage entre l’espoir et la réalité économique est frappant. L’élection présidentielle avait été vécue comme une libération. Cependant, la réalité économique a rattrapé l’euphorie. Concernant le panier de la ménagère, malgré les promesses très récentes sur lesquelles les résultats sont à évaluer dans quelques semaines, le coût de la vie reste extrêmement élevé. L’inflation touche les produits de première nécessité, rendant le quotidien des Gabonais difficile.
Le chômage des jeunes, avec un taux stagnant autour de 36-40 %, rend les mesures comme « Un jeune, un taxi » insuffisantes face à l’ampleur de la demande, tandis que l’offre nouvelle de taxis électriques apparaît comme une incongruité dans un pays sans production d’électricité stable et suffisante. Enfin, la cure du FMI impose une phase de rigueur budgétaire qui réduit la marge de manœuvre pour les grands projets sociaux immédiats.
Un front social est en ébullition. Le début de l’année 2026 est marqué par une multiplication des mouvements de contestation. Les grèves dans l’éducation voient les enseignants réclamer l’amélioration de leurs conditions de travail et le paiement d’arriérés de salaires. Les tensions dans le secteur public alimentent la colère des agents et des usagers. Les Gabonais n’acceptent plus l’argument de la faute à l’ancien régime ; ils attendent des résultats concrets sur la baisse des prix et la création d’emplois. Les problèmes récurrents de fourniture d’eau et d’électricité de la SEEG restent un point noir majeur qui rend très rude la vie des populations urbaines, pourtant résilientes.
Le paradoxe de la Rupture pèse également
La popularité d’Oligui Nguema reposait sur la promesse de rompre avec le système Bongo. Le recyclage politique des anciennes figures de l’ancien régime (le PDG) au sein de l’appareil d’État crée un sentiment de trahison des ambitions populaires. Beaucoup de citoyens ont l’impression que seule la tête a changé, mais pas le système. À cela s’ajoutent des mesures de restriction, comme la décision de la HAC du 17 février 2026 de couper Facebook, TikTok et WhatsApp, qui a eu un effet dévastateur pour l’image du Président. La population se sent au minimum infantilisée et surtout consternée par cette dérive autoritaire rappelant les méthodes du passé. Le Libérateur serait-il devenu un dirigeant tyrannique qui craint la critique ?
L’usure du charisme est une réalité. Max Weber disait que la domination charismatique est fragile, car elle doit constamment apporter des preuves de son succès. En 2023, le succès était le coup d’État (Coup de Libération) sans effusion de sang. En 2025, c’était la légitimation par les urnes. En 2026, le peuple attend des résultats concrets dans son assiette et pour l’emploi. Le charisme ne suffit plus à combler le vide des réformes qui tardent à se faire sentir au niveau de la population.
Avec la nouvelle Constitution et la suppression du poste de Premier ministre, le Président dispose de pouvoirs élargis et de trop de responsabilités. En concentrant tous les pouvoirs, Oligui Nguema devient le seul et unique responsable de tout ce qui ne va pas. Il n’a plus de « fusible » à faire sauter en cas de mécontentement populaire. Pourquoi a-t-il souhaité se mettre en danger ? L’enjeu pour le Président est maintenant de transformer sa légitimité légale (issue des urnes) en une légitimité de performance (résultats concrets dans l’assiette des Gabonais). Met-il tous les atouts de son côté ?










