Le successeur de François débutera son périple par l’Algérie, avant de mettre le cap sur le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale. Ce tracé, qui évite Libreville, soulève des interrogations. Malgré une offensive de charme diplomatique soutenue ces derniers mois, le Gabon n’a pas été retenu dans cette première sélection, alors que ses voisins immédiats recevront le Souverain Pontife.
Pourtant, le numéro un gabonais n’a pas ménagé ses efforts pour ancrer son régime dans les bonnes grâces du Vatican. En 2025, Brice Clotaire Oligui Nguema s’est rendu au Saint-Siège à trois reprises. Cette fréquence inhabituelle de visites au sommet témoignait d’une volonté claire de légitimation internationale par le biais du haut clergé. En avril 2025, il s’était recueilli lors des funérailles du pape François, avant de marquer sa présence en mai 2025 à la messe inaugurale de Léon XIV. Enfin, en septembre 2025, un entretien privé avec le pape américain plaçait le leader gabonais parmi les premiers chefs d’État reçus en audience.
Le nouveau président se veut fervent catholique, contrairement à l’ère d’Ali Bongo Ondimba qui fut marquée par des tensions avec l’Église catholique, notamment pendant la crise sanitaire. Cependant, au-delà de la dimension religieuse, ce rendez-vous manqué représente un coût politique non négligeable. En voyant le Pape séjourner chez ses voisins, Brice Clotaire Oligui Nguema perd l’occasion de surfer sur cette visite historique à Libreville pour remonter une cote de popularité actuellement en baisse. Une telle réception aurait pu offrir au locataire du Palais Rénovation une tribune symbolique majeure et un regain d’adhésion populaire.
Cette attente est d’autant plus forte que le pays n’a plus accueilli de successeur de Pierre depuis plus de quarante ans, la dernière venue d’un pape remontant au séjour de Jean-Paul II du 17 au 19 février 1982. Si les relations diplomatiques entre les deux États demeurent actives et constantes, cette ferveur affichée et les liens étroits avec le clergé local n’ont visiblement pas suffi à influencer l’agenda de la Secrétairerie d’État du Vatican. Le Gabon devra observer le Souverain Pontife parcourir le continent sans franchir ses frontières. En terminant son voyage chez le voisin équatoguinéen, Léon XIV rappelle que la diplomatie de la prière a ses limites face aux impératifs géopolitiques du Vatican.
Dès lors, une question demeure : le président de la République, en fervent catholique, fera-t-il le choix, à l’instar de milliers de ses compatriotes, de se déplacer dans l’un des pays frontaliers, comme le Cameroun ou la Guinée équatoriale, pour assister à une messe du Saint-Père ?










