Cette incarcération intervient en dépit d’une vague de condamnations et d’appels à la libération émanant de la société civile et de la classe politique. Alain-Claude Bilie-By-Nze a ainsi fustigé ce qu’il considère comme une preuve supplémentaire de la dérive autoritaire d’un régime privilégiant l’argument de la force à la force de l’argument. Dans la même lignée, Lionel Ella Engonga, pour SOS Prisonniers Gabon, a martelé qu’arrêter des leaders pour leur soutien à une grève revient à criminaliser la liberté d’expression.
Pour sa part, Jean Valentin Leyama a dénoncé un acte particulièrement grave constituant un immense recul par rapport aux engagements de la Transition, tandis que Jean Gaspard Ntoutoume Ayi avertissait que réduire Marcel Libama au silence ne résoudrait jamais la crise du secteur.
Le malaise s’étend également aux figures historiques et aux médiateurs institutionnels.
Christiane Bitougat, s’appuyant sur son expérience du syndicalisme, a rappelé l’urgence de privilégier la voie de la négociation plutôt que celle de la répression judiciaire. Parallèlement, Geoffrey Foumboula Libeka, tout en veillant aux conditions de détention des leaders, a souligné l’importance de l’atténuation des crises par le dialogue social. Bien que Marcel Libama ait fait transmettre un message de sérénité depuis sa cellule de garde à vue, l’imminence d’une telle mesure de force laissait présager une rupture du dialogue au profit d’une réponse judiciaire frontale.
En plaçant sous les verrous ces deux personnalités historiques perçues par leurs soutiens comme des prisonniers d’opinion, le pouvoir envoie un signal fort au mouvement social. Cette décision de justice intervient alors que les appels à l’apaisement s’étaient multipliés, notamment de la part du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESEC).
Désormais, l’interrogation majeure demeure l’impact de cette détention sur la base des enseignants grévistes : reste à savoir si cette mesure provoquera l’essoufflement du mouvement ou, au contraire, une radicalisation définitive de la contestation sur le terrain.










