Le ton avait été martial au lendemain de l’élimination précoce des Panthères à la CAN 2025 au Maroc. Suspension de l’équipe nationale, dissolution du staff et mise au ban des cadres historiques : le gouvernement affichait alors une volonté de rupture totale avec un système jugé défaillant. Pourtant, ce lundi 12 janvier 2026, un communiqué de la Fédération Gabonaise de Football annonce la levée immédiate de ces sanctions.
Ce revirement, justifié par une lettre du ministre Paul Ulrich Kessany, invoque “l’urgence des prochaines échéances”, notamment le tirage au sort des éliminatoires de la CAN 2027. Cette justification ressemble à un aveu d’impuissance : la politique du “tabula rasa” s’est fracassée contre la réalité du calendrier de la CAF. En agissant ainsi, le gouvernement démontre une forme d’impréparation, prenant des sanctions spectaculaires sans avoir préalablement mesuré leurs conséquences sur les engagements internationaux du pays.
Aubameyang et Ecuele Manga : De parias à sauveurs ?
L’un des points les plus frappants de ce rétropédalage concerne Pierre-Emerick Aubameyang et Bruno Ecuele Manga. Présentés il y a quelques jours comme les symboles d’une ère révolue et écartés de la sélection, ces joueurs voient aujourd’hui leur “mise à l’écart” purement et simplement annulée.
Cette volte-face soulève une question de crédibilité : comment justifier auprès de l’opinion publique le retour de cadres dont on avait pourtant acté la fin de cycle pour insuffisance de résultats ? Ce retour en grâce forcé suggère que, malgré les discours de renouveau, le football gabonais reste structurellement dépendant de ses individualités, faute d’avoir su construire une relève crédible ou un projet de fond.
Une gestion de crise par l’expédient
Si la FEGAFOOT se réjouit de ce qu’elle qualifie de “dénouement heureux”, l’objectivité impose de constater que la crise n’est pas résolue, elle est simplement mise entre parenthèses. Le ministre a invité la Fédération à présenter les modalités pour le choix d’un nouveau staff technique, mais le climat de tension reste entier.
En levant les mesures gouvernementales à la hâte, Libreville semble privilégier le sauvetage des apparences administratives au détriment d’une véritable purge des maux qui rongent le football national. Entre les auditions judiciaires de l’ancien staff et ces réintégrations surprises, la “tanière” des Panthères offre l’image d’une institution qui peine à définir une ligne claire, oscillant entre la fermeté de façade et la diplomatie de l’urgence.
Le risque est désormais grand de voir ce cycle de sanctions et de pardons affaiblir davantage l’autorité des institutions sportives, alors même que les chantiers de fond — formation, infrastructures et moralisation — attendent toujours un véritable coup de sifflet d’envoi.










