L’opacité des actionnaires : Le mystère derrière le milliard
Les informations publiées récemment dans la presse officielle, notamment dans le numéro 103 du 16 au 23 mars 2026, permettent de lever un coin du voile sans pour autant dissiper les doutes profonds. Si l’on sait désormais que la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) est dotée d’un capital social de un milliard de FCFA, divisé en cent mille actions entièrement libérées, l’identité réelle des détenteurs de ces parts reste un secret d’État. Alors que l’État gabonais ne détient que 37 % du capital, les 63 % restants sont aux mains d’opérateurs nationaux de la distribution dont les noms ne figurent sur aucun document public. L’acte notarié établi par Maître Anne Gey Bekale mentionne bien Gustave Benoît Anchouey Wanlele comme Président du Conseil d’Administration et Théophile Boutamba comme Directeur Général, mais il passe sous silence l’identité des entreprises privées actionnaires. Dans ce contexte, ce manque de transparence sur ceux qui piloteront des milliards de francs CFA de denrées publiques est inadmissible.
Le risque du juge et partie
Cette répartition du capital transforme les craintes de conflits d’intérêts en une réalité structurelle. Avec une écrasante majorité des parts détenue par des acteurs privés dont on ignore l’identité, le risque de voir les grands distributeurs locaux diriger eux-mêmes l’organe censé les réguler est immense. Ces actionnaires anonymes auront tout loisir de décider des appels d’offres, de fixer les prix de gros et potentiellement de s’octroyer des conditions préférentielles. Une telle configuration ne ferait que renforcer les monopoles actuels sous un vernis étatique, au lieu de les briser pour soulager enfin le panier de la ménagère gabonaise.
Télescopage avec la mercuriale : L’aveu d’un manque de vision ?
L’improvisation semble également gagner le calendrier stratégique du gouvernement. Il est difficile de justifier le lancement imminent de la CEAG alors qu’une nouvelle mercuriale des prix vient d’être verrouillée pour une période de six mois. Ce chevauchement interroge sur la coordination au sommet de l’État et suggère un manque de vision à long terme. Si la Centrale d’Achat était la solution miracle attendue par tous, il serait inutile de figer des prix réglementés pour un semestre entier. C’est peut-être l’aveu qu’en dépit de son immatriculation au Registre du Commerce effectuée en janvier 2026, la structure n’aura aucun impact réel sur le terrain avant de longs mois.
Des alternatives crédibles pour une réelle baisse des prix
Plutôt que de s’enferrer dans une société d’économie mixte aux bénéficiaires cachés, d’autres solutions plus directes pourraient être explorées par les autorités. Le gouvernement gagnerait à soutenir les circuits courts en injectant des financements massifs dans les coopératives agricoles locales pour réduire la dépendance structurelle aux importations. Une autre piste sérieuse serait la défiscalisation logistique par la baisse des taxes sur le carburant professionnel et les équipements de stockage, ce qui ferait baisser les prix mécaniquement pour tous les acteurs sans créer de nouveau monopole. Enfin, le renforcement des pouvoirs de la Direction Générale de la Consommation pour sanctionner sévèrement les ententes illicites constituerait une alternative immédiate et transparente.
Conclusion : L’urgence d’une clarté totale
La lutte contre la vie chère ne peut se faire dans l’ombre des cabinets notariaux. Entre un capital dominé par le secteur privé et des actionnaires dont les noms restent tus, la CEAG risque de n’être qu’un nouvel instrument au service d’initiés tapis dans l’ombre. À un mois de l’échéance, le peuple gabonais n’attend pas seulement des chiffres et des numéros d’immatriculation au registre du commerce, mais des noms précis et une éthique de gestion irréprochable pour garantir que l’argent public serve réellement à faire baisser le prix du riz et de l’huile.










