D’entrée de jeu, l’ancien chef du gouvernement a été interpellé sur la grève des enseignants qui paralyse le pays depuis décembre dernier. Pour lui, la situation est limpide : le blocage est purement financier. « Ce n’est pas une crise nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est l’absence de réponse des autorités », a-t-il affirmé. Selon lui, les revendications sont légitimes et basiques : « Les enseignants ne demandent pas de droits nouveaux. Ils demandent d’avoir des salaires réguliers, ils demandent d’être intégrés et d’avoir des régularisations. »
Il a ensuite vivement critiqué les priorités du régime de transition : « L’éducation, c’est fondamental. Et là, le pouvoir recrute des militaires. Nous, on préfère faire la guerre contre l’analphabétisation, contre l’illettisme, pour que les Gabonaises et les Gabonais, notamment les jeunes, soient préparés aux défis de demain. Avoir des militaires qu’on a recrutés depuis maintenant trois ans ne suffit pas pour qu’on ait une éducation de qualité. Cela n’a pas de rapport. » Pour sortir de l’impasse, son diagnostic est sans appel : « Il faut mettre l’argent sur la table. Or, l’argent a été dilapidé sur des projets non essentiels et là, maintenant, arrive le moment où il faut payer. »
Alors que le gouvernement actuel justifie ses difficultés par l’héritage de l’ancien régime, Alain-Claude Bilie-By-Nze a rétorqué avec une batterie de chiffres pour rejeter toute responsabilité : « Lorsque je quitte mes fonctions, la dette de l’État était à 56 % du PIB. Trois ans après, on est à 73 %. Elle est projetée cette fin d’année à 80 %, et en 2027 à 85 %. Et donc, c’est le gouvernement actuel qui a lourdement endetté le pays. »
Balayant les accusations d’hypocrisie, il s’est appuyé sur les institutions internationales : « Ce sont les chiffres qui sont donnés par la CEMAC, par le FMI, par la Banque mondiale, qui ne sont pas dans l’hypocrisie. Ces indicateurs démontrent qu’avant les militaires, nous avions une gestion plus maîtrisée. Nous avions un solde budgétaire positif ; il est aujourd’hui négatif et va s’approcher des 6 %. Les chiffres du Gabon menacent l’équilibre de la CEMAC. »
Sur le plan diplomatique, il a confirmé l’exclusion du Gabon de l’accord AGOA, y voyant un signal d’isolement : « Comme le disait Jacques Chirac, les emmerdes, ça vole en escadrille. […] Ça montre bien qu’il ne suffit pas de rentrer de Washington avec une casquette. Le Gabon est désormais absent sur la question diplomatique. »
Le ton s’est encore durci lorsqu’il a évoqué la fracture entre le pouvoir et la population : « Le peuple n’y croit plus, le peuple n’en peut plus et le peuple n’en veut plus. Vous avez d’un côté un pouvoir qui s’est installé en promettant de tout renouveler et qui en réalité produit la même chose en pire. C’est la République des copains, coquins et consanguins. » Pour illustrer cette « déconnexion », il a fustigé la construction de « 52 villages de chefs d’État quand il n’y a pas d’école, quand il n’y a pas de dispensaire » ou encore la construction de tours à Libreville alors que les quartiers manquent d’eau et d’électricité.
Interrogé sur l’absence de contestation visible dans les rues, Bilie-By-Nze a dénoncé un climat de répression : « Le désenchantement est perceptible. Lorsqu’on a aujourd’hui des journalistes et des syndicalistes jetés en prison, le peuple a peur d’être dans la rue. Les gens vivent dans la peur d’être enfermés parce que c’est un pouvoir militaire. » Mais il a aussitôt prévenu : « La cocotte est en train de monter, elle est en train de bouillir parce que la vie est de plus en plus chère. […] Dans les semaines, les mois à venir, les Gabonais vont s’exprimer. »
Enfin, concernant ses propres ambitions avec son parti « Ensemble pour le Gabon », il a appelé à des États généraux pour refonder la Constitution, jugeant la durée du mandat du président de la République inacceptables : « Sept ans de ce régime, ce n’est pas possible. Deux ans de transition plus sept ans de mandat, ça fera neuf ans. C’est intenable. Quelqu’un craquera. Si ce n’est pas lui, c’est le peuple. »










