Depuis le début de l’année, le climat social au Gabon est marqué par une instabilité croissante. Les enseignants, qui réclament des recrutements, des avancements de carrière et une revalorisation de salaires gelés depuis plus d’une décennie, font face à un pouvoir qui tente de répondre à l’urgence. Pour le dernier chef du gouvernement d’Ali Bongo Ondimba, Alain-Claude Bilie-By-Nze, cette première crise d’envergure sous la présidence de Brice Oligui Nguema s’explique par la persistance d’un modèle structurel ancien.
La question de la continuité institutionnelle
L’ex-patron de la Primature, désormais positionné dans l’opposition, récuse l’idée d’une rupture systémique. Il souligne l’ancrage historique du chef de l’État actuel au sein de l’appareil sécuritaire et politique du pays : « Brice Oligui Nguema est dans ce système depuis Omar Bongo, longtemps avant moi. Il gouverne avec les mêmes personnes qui étaient là avec moi ».
Selon lui, cette continuité se traduit par une organisation du pouvoir qu’il juge problématique. « Aujourd’hui, on a tous les pouvoirs exécutifs concentrés entre les mains d’un seul homme. Brice Oligui Nguema est président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, il préside le Conseil supérieur de la magistrature, il préside les forces de sécurité et de défense… Ça, ce n’est pas possible », déclare-t-il, notant qu’au terme du processus actuel, le président aura exercé les responsabilités durant neuf années consécutives.
Le constat sur la gestion économique
Interrogé sur sa responsabilité personnelle après une décennie aux responsabilités, Alain-Claude Bilie-By-Nze établit un parallèle entre sa gestion passée et l’action actuelle. « Oui, je reconnais qu’on aurait dû mieux gérer notre pays. On avait des ressources suffisantes pour que le Gabon se développe, on ne l’a pas fait. Or, ce qui se passe aujourd’hui, c’est pire que ce qu’on faisait », affirme-t-il.
Ses réserves portent notamment sur les orientations budgétaires du gouvernement de transition. Il soutient que les erreurs d’appréciation sont réelles « aussi bien sur le calcul des recettes, sur la question des emprunts, que sur les projections de croissance. Il faut la refaire. Au lieu de baisser les dépenses publiques, ils accroissent aujourd’hui la question des impôts, tout va coûter encore plus cher ».
La proposition d’une refondation nationale
Bien qu’il précise n’avoir pas applaudi le changement de régime initial, il reconnaît qu’il constituait « peut-être l’occasion de redresser le pays ». Pour sortir de l’impasse, il préconise la tenue d’états généraux de la nation afin de réformer les institutions. Sa démarche inclut la mise en œuvre d’une commission vérité, justice et réconciliation.
Cette instance aurait pour mission de définir les responsabilités lors des crises passées, notamment celle de 2016, de proposer des solutions de réparation économique et sociale, et de tracer des perspectives d’avenir. « Sur ces éléments-là, moi j’assume totalement. Je retiens les leçons de mon expérience pour mieux envisager l’avenir », conclut-il, inscrivant son action dans une volonté de réforme du cadre politique.










