Dans les salons feutrées, son parcours est désormais cité comme un cas d’école de survie et d’ascension politique. Camélia Ntoutoume Leclercq n’est pas seulement une ministre ; elle est une exception statistique, une figure qui semble avoir pris racine dans les arcanes du pouvoir.
Une ascension entamée en 2020
Son odyssée ministérielle ne date pas d’hier. C’est en 2020 qu’elle fait sa première entrée remarquée au gouvernement, occupant alors les fonctions de Ministre déléguée à l’Enseignement supérieur. À l’époque, peu auraient parié que cette nouvelle recrue deviendrait, six ans plus tard, l’unique rescapée de l’ère Ali Bongo Ondimba à siéger au gouvernement avec une telle longévité.
Le témoin privilégié de quatre ères gouvernementales
La statistique est vertigineuse. Depuis son entrée en fonction, elle a vu défiler à la tête de la Primature quatre personnalités aux destins radicalement opposés. Elle a servi sous Rose Christiane Ossouka Raponda, a survécu au passage éclair d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, pour ensuite devenir un rouage indispensable de l’ère de la Transition sous Raymond Ndong Sima I et II.
Alors que ces chefs de gouvernement ont été soit emportés par le coup d’État, soit remplacés au gré des ajustements politiques du CTRI, Camélia Ntoutoume Leclercq est restée. En poste à l’Éducation nationale depuis 2022, elle a su transformer son maroquin en une citadelle imprenable.
L’art de la mue politique
Comment expliquer une telle pérennité ? Arrivée sous l’ancien régime, elle a su opérer une mue spectaculaire pour gagner la confiance totale du nouvel homme fort du pays, Brice Clotaire Oligui Nguema. Sa promotion au rang de ministre d’État lors du conseil tenu à Koulamoutou confirme qu’elle n’est plus simplement maintenue, mais bel et bien sacrée comme une garante de la stabilité sociale. Dans un secteur où la moindre étincelle peut paralyser le pays, le Palais semble avoir choisi l’expérience et la continuité absolue.
Un bail sans fin ?
Toutefois, cette longévité exceptionnelle depuis 2020 soulève des interrogations légitimes. Peut-on incarner le «Gabon nouveau tout en étant le visage d’un ministère associé au passé ? Pour ses partisans, elle est la seule capable de piloter les réformes lourdes (digitalisation, réhabilitation des infrastructures, bourses) entamées depuis quatre ans. Pour ses détracteurs, son maintien ad vitam aeternam finit par occulter le besoin de renouvellement des élites prôné par la Transition.
Quoi qu’il en soit, en ce début d’année 2026, Camélia Ntoutoume Leclercq n’est plus seulement une ministre : elle est devenue une institution. Ayant survécu à la chute d’un régime et à la valse des Premiers ministres, elle entame son nouveau mandat avec une autorité renforcée, prête à graver son nom, pour longtemps encore, sur les tableaux noirs de la République.










