Le séisme politique provoqué au sein de l’ancien parti présidentiel par la mise en demeure d’Ali Bongo Ondimba à l’encontre du directoire de Blaise Louembe ne laisse pas indifférent l’ex-candidat à la députation à Ndendé. Dans la circonscription de la Dola, le siège de ce dernier lui avait été ravi, à la surprise générale, par le secrétaire général de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), le nouveau parti présidentiel de Mays Mouissi.
S’appuyant sur la nomination d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue au poste de Secrétaire général le 14 mai 2025, le camp de l’ancien président conteste frontalement l’autorité en place. Cette fracture n’est pourtant pas nouvelle : on se souvient qu’à la veille des législatives de septembre 2025, une médiation de la dernière chance conduite par le président congolais Denis Sassou Nguesso à Oyo avait échoué. Malgré le risque réel de voir les candidatures rejetées pour cause de bicéphalisme au sommet du parti, les deux camps avaient alors préféré le statu quo à la réconciliation. C’est dans ce climat délétère, alourdi par ce précédent échec, que Yves Fernand Manfoumbi a choisi de s’exprimer avec une « sérénité » assumée.
« La division serait un luxe »
Face aux « interrogations et inquiétudes » qui minent les militants, Yves Fernand Manfoumbi ne nie pas les turbulences. « Oui, des divergences existent », reconnaît-il d’emblée, les qualifiant de « naturelles » mais refusant qu’elles ne « fracturent durablement notre famille politique ». Pour cet ancien ministre, l’heure n’est pas au démantèlement mais à la responsabilité : « La division serait un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre. »
Faisant écho aux critiques juridiques acerbes d’Ali Bongo sur la validité des instances actuelles, Manfoumbi rappelle que « les règles ne sont pas des contraintes arbitraires ; elles sont les garanties de l’équité ». Cependant, là où la mise en demeure d’Ali Bongo fixait un ultimatum de 15 jours sous peine de poursuites, Manfoumbi plaide pour que les discussions se tiennent « non sous la pression, mais dans l’écoute ».
L’invocation de l’héritage d’Omar Bongo
Pour contrer la menace d’une rupture définitive entre la « tendance Louembe » et les fidèles d’Ali Bongo, l’ancien conseiller à la présidence convoque l’histoire profonde du parti. Il invite les cadres à une « profonde et respectueuse pensée pour le Président Fondateur, le Grand Camarade Omar Bongo Ondimba ».
En rappelant les courants qui ont traversé le parti au fil des décennies — des « Appelistes » aux « Rénovateurs » — il souligne que la survie du PDG a toujours dépendu de sa capacité à maintenir la « flamme allumée » et la « main tendue ». Pour lui, la force de l’organisation réside précisément dans sa « capacité à dépasser les désaccords ».
Un appel à la « table des discussions »
Prenant le contre-pied de la logique d’affrontement judiciaire qui semble se dessiner, Yves Fernand Manfoumbi lance un appel solennel à l’apaisement : « Que chacun accepte de revenir à la table des discussions. Que les différends soient arbitrés dans le respect des textes et dans un esprit de fraternité politique. »
Pour ce cadre du parti, la séquence actuelle doit être transformée en une « opportunité de clarification et de consolidation » plutôt qu’en un naufrage collectif. En se positionnant comme le chantre d’un « esprit de réconciliation » et d’un « respect des règles », il tente de tracer une troisième voie entre la rigidité du directoire actuel et la charge frontale du camp Ali Bongo.
L’enjeu, selon lui, dépasse les querelles d’hommes : c’est « l’unité et la crédibilité » de l’engagement politique du PDG qui se jouent sur l’autel de cette crise. Reste à savoir si cet appel à la « hauteur et à la maturité » sera entendu avant l’expiration du délai de quinze jours fixé par le camp d’en face.
Pourtant, au regard de la radicalité des positions exprimées et de l’échec passé de la médiation d’Oyo, le dialogue est-il encore techniquement possible ? La main tendue par Yves Fernand Manfoumbi suffira-t-elle à désamorcer une machine judiciaire déjà lancée par le camp Ali Bongo ? Entre l’exigence d’une reddition immédiate et l’appel à une concertation fraternelle, le PDG n’est-il pas déjà engagé dans une scission irréversible ?










