Dès les premières heures de la matinée, la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a pris l’initiative sur les réseaux sociaux. Sur sa page Facebook ainsi que sur les canaux officiels du ministère, plusieurs photographies ont été publiées pour témoigner d’un retour effectif des élèves au Lycée public de Montalier ou à l’école publique de Dragage, avec pour légende : « Reprise progressive des cours ».
La veille, dimanche, le Secrétaire général du ministère, dans son communiqué, lu sur Gabon 1ère a déclaré : « Le Ministère de l’Éducation Nationale invite l’ensemble des personnels à regagner leurs postes de travail dès ce lundi 19 janvier. Les parents sont également invités à envoyer leurs enfants à l’école, les mesures nécessaires ayant été prises pour assurer la continuité du service public. »
Cependant, la réponse du front syndical ne s’est pas fait attendre. Sur les groupes WhatsApp et les pages militantes, l’heure n’était pas aux félicitations mais à la démonstration de force inverse. Des images de cours et de couloirs déserts ont circulé massivement, documentant l’absence de professeurs au CES et au lycée Jean Hilaire Aubame, au Lycée technique national Omar Bongo, ainsi qu’au lycée d’Oloumi.
À l’intérieur du pays, le constat de paralysie semblait encore plus marqué. Dans le Woleu-Ntem, les lycées d’État de Minvoul et d’Oyem ont été signalés comme inactifs. Symbole de cette impasse, les élèves du lycée public de Koulamoutou ont improvisé une marche pour réclamer le retour de leurs enseignants.
L’une des figures de proue de cette contestation, l’ancien député de la Transition et leader syndical Marcel Libama, a pris la parole dans une vidéo sur les réseaux sociaux pour contester la version gouvernementale. Il a déclaré : « Nous constatons ce matin l’effectivité de la grève sur l’ensemble du territoire national. Les images de reprise que l’on tente de montrer ici et là ne reflètent pas la réalité des lycées et collèges du Gabon. Les enseignants restent fidèles au mot d’ordre de l’Assemblée Générale de samedi dernier. »
Face à cette résistance, l’administration a joint l’acte à la parole. Conformément aux instructions de l’inspecteur général Joachim Ondjila Ognele, les missions de contrôle ont débuté dès ce lundi matin. Les inspecteurs sillonnent les établissements pour établir les listes de présence, une étape préalable au déclenchement des procédures de mise sous bon de caisse pour service non fait.
Ce lundi de « reprise » ressemble donc à une nouvelle étape dans l’épreuve de force. Entre un ministère qui met en avant les acquis de la tripartite et des syndicats qui s’accrochent au slogan « No Money, No School ».
Ce bras de fer dure depuis plus d’un mois. Lancé en décembre dernier, le mouvement de grève réclame la régularisation définitive des situations administratives et financières des agents. Pour tenter de désamorcer la crise, le gouvernement a mis en place une commission tripartite réunissant l’exécutif, les syndicats et la médiature. Dans ce cadre, le ministère a annoncé des mesures significatives telles que la mise en solde de 1 000 sortants des écoles nationales, l’intégration de 100 agents pour les matières scientifiques, la régularisation de 1 810 bénévoles ainsi que le traitement de plus de 4 000 dossiers de régularisations globales sur un total de 6 574.
Pourtant, malgré l’ampleur de ces mesures gouvernementales, les enseignants sont largement restés sur leur faim. Pour la base, ces annonces manquent de matérialité comptable : les régularisations « sur papier » ne se traduisent pas encore par des virements bancaires effectifs. Ce sentiment d’insatisfaction a cristallisé le slogan « No Money, No School » (Pas d’argent, pas d’école), scandé avec force lors de l’Assemblée Générale de samedi dernier au terrain de basket d’Awendjé. Pour les grévistes, l’injustice est d’autant plus vive que d’autres corps de l’État ont vu leur situation financière évoluer sans de tels blocages.










