Le salaire net est ce qui reste au travailleur une fois que l’État et les organismes sociaux ont prélevé leur part. Jusqu’ici, le prélèvement salarial était fixé à 2,5 %. Désormais, il est porté à 5 %. Pour un employé, cette modification n’est pas qu’une simple ligne de plus sur un bulletin de paie, c’est le doublement pur et simple de sa contribution. À salaire brut égal, le montant disponible pour payer le loyer, l’école ou la nourriture diminue instantanément. Dans un contexte de vie chère, cette mesure agit comme une baisse de salaire imposée sans aucune négociation préalable.
Ce qui choque surtout c’est l’asymétrie de cet effort. On demande aux salariés de financer davantage une Caisse nationale de sécurité sociale dont la fiabilité est régulièrement remise en cause. Les retards de paiement des pensions et les difficultés à honorer les indemnités de maternité sont devenus monnaie courante. Dès lors, la question se pose de savoir pourquoi payer deux fois plus pour un service dont la qualité perçue se dégrade. Le silence des syndicats face à cette dévaluation du travail est d’ailleurs perçu par beaucoup comme une démission face aux impératifs financiers d’une institution à la gestion jugée calamiteuse.
La dévaluation ne s’arrête pas aux fiches de paie actuelles, elle risque d’impacter durablement l’ensemble de l’économie. Les employeurs, voyant leur propre part passer de 16 % à 18 %, vont mécaniquement ajuster leurs futures offres d’embauche. Pour maintenir leurs marges face à l’augmentation des charges patronales, ils seront tentés de proposer des salaires de base moins élevés aux nouveaux arrivants. Pour les salariés déjà en poste, l’amputation directe de leur revenu disponible crée un climat de frustration qui pèse lourdement sur le moral des ménages.
Le travailleur, variable d’ajustement ?
En choisissant d’augmenter les taux plutôt que de réformer la gestion interne de la Caisse, les autorités ont fait du salarié la variable d’ajustement. Si l’objectif affiché est de stabiliser les comptes de la protection sociale, le prix à payer est une érosion brutale du pouvoir d’achat des ménages. Une pilule qui risque d’être très difficile à avaler dans les mois à venir.










