Le conflit d’intérêts comme marque de fabrique
Nommé en mai dernier, Henri-Claude Oyima aura entretenu jusqu’à son départ une situation inédite au sommet de l’État : le cumul de son portefeuille ministériel avec la direction du groupe BGFIBank et son poste de président du conseil d’administration de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale. Malgré les critiques acerbes et les risques évidents de conflits d’intérêts, celui qui agissait à la fois comme régulateur de l’économie nationale et premier banquier de la place n’a jamais consenti à démissionner de ses fonctions privées. Ce testament du CNEF, qu’il a présidé le 30 décembre dernier, est l’ultime acte d’un ministre qui aura gouverné avec une main sur le sceau de l’État et l’autre sur les leviers de la finance privée.
Sur la scène internationale, ce double jeu n’a pas convaincu. Le testament d’Oyima est lourd : les négociations avec le FMI, reportées sine die par ses soins, sont désormais dans l’impasse. L’agence Fitch Ratings a dégradé la note souveraine du Gabon de CCC+ à CCC, plaçant le pays dans une situation de vulnérabilité extrême. Ce signal négatif vient ternir les projections de croissance de 3,5 % pour 2025, révélant une rupture de confiance profonde entre Libreville et les bailleurs de fonds internationaux.
Matraquage fiscal et austérité budgétaire
Le legs social de l’ancien ministre restera gravé dans la mémoire des ménages par un matraquage fiscal sans précédent. La mise en œuvre de la taxe forfaitaire d’habitation incarne cette politique de rigueur qui a frappé les ménages alors même que le train de vie de l’État restait fastueux. Le budget 2026 de 6 358 milliards de FCFA adopté dans des conditions controversées au Parlement, consacre 4 221 milliards aux dépenses de fonctionnement, ne laissant que 2 137 milliards pour l’investissement. Un déséquilibre flagrant pour un pays en quête de diversification.
Les orientations techniques pour 2026 : Entre répression et régulation
Malgré ces critiques, le communiqué du CNEF pose les jalons de l’exercice à venir avec une croissance projetée à 3,1 % pour 2026, essentiellement tirée par le secteur hors-pétrole. Face à la pénurie de devises qui paralyse l’économie réelle, l’ancien ministre a préconisé une approche répressive, appelant au démantèlement des réseaux informels de change, notamment dans la zone de Mont-Bouet.
Enfin, il laisse derrière lui la validation de la Stratégie Nationale d’Inclusion Financière (SNIF) et la création d’un Médiateur Financier, derniers garde-fous d’un système bancaire qu’il connaît mieux que quiconque.
Il revient désormais à Thierry Minko de sortir de l’ambiguïté laissée par son prédécesseur, de restaurer la signature du Gabon et de transformer ce testament d’austérité en une véritable politique de relance pour le pays.










