« Qui dirige le Gabon ? » On pensait ce fameux slogan — martelé par l’opposition après l’accident d’Ali Bongo pour exiger une vacance de pouvoir et des élections présidentielles anticipées — définitivement rangé au rayon des souvenirs ou classé dans les annales de l’histoire après le coup d’État du 30 août 2023. Mais c’était sans compter sur Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Désormais le nouvel empêcheur de tourner en rond pour les anciens collaborateurs d’Ali Bongo, le député de l’Union Nationale, remet le sujet au centre du jeu politique. Ceux qui sont parvenus admirablement à se recycler sous les vernis de la Transition, puis de la Ve République ont désormais du souci à se faire.
En effet, fidèle à ses engagements de fin d’année dernière, le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi est passé à l’action. Joint par notre rédaction, l’élu a confirmé la démarche en ces termes : « Ainsi qu’annoncé au mois de novembre dernier, j’ai déposé ce matin au Président de l’Assemblée nationale une demande d’enquête parlementaire sur la période 2018-2023 ».
Un système au sommet de l’État
La requête s’appuie sur les révélations fracassantes issues des procès de novembre 2025 devant la Cour criminelle spéciale. Pour rappel, ces audiences ont mis en lumière un système organisé ayant exercé une influence déterminante au sommet de l’État et détourné les instruments de l’action publique. Sylvia Bongo et son fils Noureddin Bongo Valentin ont d’ailleurs été condamnés par contumace à 20 ans de réclusion criminelle pour des détournements de fonds publics estimés à plus de 4 917 milliards de FCFA. Dans son courrier, le député souligne que si la justice s’est prononcée sur les responsabilités pénales individuelles, il appartient désormais à la Représentation nationale d’analyser les failles institutionnelles et administratives.
Citant les conclusions du ministère public lors du procès, il rappelle que l’argent du peuple a été pris, recyclé, blanchi et réinvesti dans un luxe déconnecté.
Vers une analyse des failles institutionnelles
La commission d’enquête sollicitée par Jean Gaspard Ntoutoume Ayi se fixe des objectifs. Elle vise notamment l’analyse des conditions dans lesquelles les prérogatives propres au président de la République ont été exercées, ainsi que l’identification des lacunes juridiques mises au jour par cette séquence historique. Il s’agit également d’évaluer l’incidence financière des décisions prises durant cette période et de reconstituer les circuits administratifs ayant facilité les décaissements irréguliers de fonds publics. Enfin, cette démarche doit déboucher sur la formulation de recommandations concrètes pour le renforcement des instruments de contrôle de l’État.
Le devoir de mémoire face au risque de séisme politique
Pour l’honorable Ntoutoume Ayi, cette démarche est un impératif moral pour le Gabon né du tournant majeur du 30 août 2023. Il refuse catégoriquement l’idée d’une amnésie volontaire ou de l’oubli. Il estime que le Parlement porte une responsabilité historique : celle d’éclairer la Nation sur les faits, d’identifier les mécanismes ayant permis de tels dysfonctionnements et de formuler les recommandations propres à garantir qu’une telle situation ne puisse se reproduire. « Nous devons le faire pour nous-mêmes. Nous le devons aussi à nos enfants, nos petits-enfants et au Gabon éternel », conclut-il dans sa missive.
Le sort de cette requête repose désormais entre les mains du bureau de l’Assemblée nationale, mais une question cruciale demeure : l’institution va-t-elle réellement donner suite à cette demande ? Si tel était le cas, le Gabon s’apprêterait à vivre un véritable séisme politique. Une telle enquête pourrait en effet faire tomber de nombreuses têtes, du sommet de la pyramide jusqu’à sa base, ou du moins éclabousser durablement une partie de la classe dirigeante actuelle. Car le défi est de taille : plusieurs anciens proches du président déchu, potentiellement concernés par ces investigations, siègent désormais dans les deux chambres du Parlement sous l’étiquette de la nouvelle formation présidentielle, l’Union Démocratique des Bâtisseurs, ou occupent des postes stratégiques au sein du gouvernement, des directions générales, voire à la présidence de la République.










