C’est un témoignage rare et sans concession. Alors qu’il rencontrait le personnel de son nouveau département ministériel et les partenaires sociaux, Sosthène Nguéma Nguéma a choisi de briser l’omerta sur les pratiques occultes dans les secteurs stratégiques des ressources naturelles. En ligne de mire : les tentatives de corruption dont il a été la cible lorsqu’il gérait le portefeuille du Pétrole.
« Je faisais retourner l’argent »
Loin des discours feutrés, le ministre a décrit avec précision la réalité des sollicitations financières auxquelles un membre du gouvernement peut être exposé : « Quand un ministre va aller, on va lui donner de l’argent. Les gens te font des dépôts (Ndlr : virements mobiles) », a-t-il révélé devant une assistance attentive.
Loin de céder à ces tentatives de corruption, Sosthène Nguéma Nguéma a affirmé avoir systématiquement fait barrage à ces manœuvres : « Je faisais retourner, j’appelais l’opérateur (…) c’était une réalité. Je fais retourner l’argent. » Une fermeté marquant sa volonté de ne pas être l’otage des opérateurs économiques.
Un système décapité, mais des réflexes persistants
Pour le ministre, le combat contre la corruption est loin d’être gagné. S’il estime que la structure dirigeante du régime déchu d’Ali Bongo Ondimba a été démantelée, il s’inquiète de la survie de certains comportements au sein de l’administration : « On a coupé la tête du système, mais nous avons gardé de mauvais réflexes de l’ancien système. (…) Il faut beaucoup de volonté pour s’en débarrasser », a-t-il martelé.
Ce constat met en lumière un mal profond : dans les secteurs stratégiques des mines, du pétrole et du bois, la corruption gangrène la haute administration, venant s’ajouter à des codes minier, pétrolier et forestier ainsi qu’à des contrats souvent jugés iniques et trop favorables aux compagnies d’exploitation.
Le dernier ministre du Pétrole d’Ali Bongo Ondimba, Vincent de Paul Massassa, incarcéré au lendemain du coup d’État du 30 août 2023, est toujours en attente de son procès. Cet ancien proche de la Young Team, et notamment de Ian Ghislain Ngoulou, est soupçonné de détournement de fonds publics, concussion et blanchiment de capitaux, illustrant l’ampleur des défis que Sosthène Nguéma Nguéma entend désormais relever au sein de son nouveau département.
Vers une autosaisine du procureur ?
Face à des révélations d’une telle gravité, une question brûle désormais toutes les lèvres : le parquet va-t-il se saisir de ce dossier ? Normalement, suite aux propos publics du ministre Sosthène Nguéma Nguéma dénonçant des tentatives de corruption émanant de compagnies pétrolières, une enquête judiciaire ne devrait-elle pas être ouverte pour identifier ces corrupteurs et leurs complices éventuels ?
Dans un climat de restauration des institutions, le silence de la justice pourrait être interprété comme un signal de faiblesse face aux prédateurs de l’économie nationale.










