À la demande du chef de l’État, chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, Hermann Immongault dresse alors une analyse de la fronde sociale : l’Éducation nationale est paralysée par une grève entamée en décembre, les blouses blanches menacent de déserter les hôpitaux, et l’Organisation nationale des employés du pétrole fait planer l’ombre d’un blocage du poumon économique du pays, Port-Gentil, la capitale économique.
Pourtant, la réponse du Vice-Président semble figée dans le temps. Pour justifier cette ébullition, l’ancien ministre des Affaires étrangères d’Ali Bongo — dont le frère fut aussi ministre sous l’ancien régime — a pointé du doigt les « décennies de gestion approximative » et les dérives structurelles des quatorze années du magistère précédent.
La stratégie de « la faute à Voltaire »
Ce recours systématique au procès de l’ancien régime, deux ans et demi après le « Coup de Libération » du 30 août 2023 et près d’un an après l’élection présidentielle d’avril 2025, commence pourtant à lasser l’opinion. La rhétorique rappelle étrangement la chanson de Gavroche dans Les Misérables : « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire / Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. » À force de vouloir imputer chaque dysfonctionnement actuel aux fantômes du Palais, le pouvoir en place finit par transformer Ali Bongo en bouc émissaire providentiel, au risque de provoquer un effet inverse : une nostalgie paradoxale chez certains Gabonais.
L’heure du bilan : une analyse défaillante ?
Le constat est sévère pour ceux qui s’érigent en sauveurs. Si, dès le lendemain du coup d’État, les autorités de la Transition avaient adopté une méthode rigoureuse, le contexte social serait sans doute différent. Pour beaucoup d’observateurs, le pouvoir actuel a manqué plusieurs étapes critiques, notamment par l’absence d’une évaluation de fond de type réparateur dès les premiers mois, un casting gouvernemental contesté privilégiant parfois la loyauté à la compétence intègre, un manque de clarté dans la définition d’objectifs réalistes ou encore une gestion de crise décousue face aux revendications sociales. Si ces mesures avaient été franchies avec succès, le gouvernement ne serait plus réduit à ressasser les erreurs du passé pour masquer son incapacité à résoudre les problèmes du présent.
Sortir de la comparaison asymétrique
Il est temps de mettre fin aux comparaisons hasardeuses. Opposer quatorze ans de règne à deux ans et demi de pouvoir est un non-sens intellectuel qui insulte l’intelligence des citoyens. Pour être honnête, l’analyse devrait porter sur les trois premières années de l’ancien régime face aux trois premières années de cette Ve République. Ceux qui s’obstinent dans cette comparaison biaisée sont, en réalité, les pires ennemis du locataire du Palais de la Rénovation. En refusant d’assumer la pleine responsabilité de la conduite des affaires publiques, ils exposent le chef de l’État à une critique légitime.










