Un dialogue technique nécessaire
L’immeuble Arambo s’apprête à vivre au rythme des institutions de Bretton Woods. Arrivés tout droit de Washington, les économistes du FMI entament une mission dite de « Staff Visit ». Contrairement aux consultations rituelles de l’Article IV ou aux missions d’audit liées à un programme de financement, ce déplacement s’inscrit dans un cadre strictement informel et technique. L’objectif est d’établir un diagnostic précis de la santé financière du pays en passant au crible les politiques budgétaires et monétaires, tout en évaluant les réformes structurelles engagées.
Cette visite ne doit rien au hasard. En janvier dernier, Thierry Minko, successeur d’Henri-Claude Oyima à la tête du ministère de l’Économie, avait affiché ses ambitions en annonçant que le gouvernement solliciterait l’appui du FMI pour soutenir son nouveau programme de croissance économique. Si cette mission ne débouchera sur aucun accord formel ni sur une décision du Conseil d’administration à court terme, elle constitue le sas de sécurité indispensable avant des négociations plus musclées. Pour les deux parties, il s’agit de maintenir un dialogue de haut niveau, de clarifier les indicateurs macroéconomiques et de préparer le terrain pour une future mission officielle qui pourrait sceller un accord de financement.
Toutefois, si l’exécutif met en avant la recherche d’un soutien à la croissance, ce discours peine à convaincre l’ensemble de la sphère économique. Pour de nombreux observateurs avertis, la communication gouvernementale masquerait une réalité beaucoup plus contraignante. Derrière l’éventualité d’un accord avec l’institution de Washington se dessinerait plutôt le contour d’un plan d’ajustement.
Une telle perspective impliquerait, à terme, la mise en œuvre d’une politique d’austérité marquée par une compression drastique des dépenses publiques. Ce tour de vis budgétaire viserait prioritairement la réduction des subventions étatiques afin de dégager les marges nécessaires au service de la dette. L’enjeu, loin d’une simple relance, serait avant tout de ramener de force les agrégats macroéconomiques vers les standards internationaux, au risque de peser lourdement sur le pouvoir d’achat et la demande intérieure. Les seules bonnes nouvelles : l’amélioration de la gouvernance et l’augmentation des recettes de l’État.
Vers un futur programme de coopération ?
Pour l’heure, le Gabon n’est lié à aucun programme actif avec le Fonds. Cependant, cette immersion technique des experts de Washington suggère que les discussions pour un futur partenariat s’accélèrent. En coulisses, la mission permettra de lever les zones d’ombre techniques qui pourraient freiner une future revue de programme. Dans un contexte où la crédibilité de la signature du Gabon sur les marchés internationaux est scrutée, ce tête-à-tête avec les émissaires de Washington est un signal fort envoyé aux investisseurs.
Des indicateurs sous haute tension
L’urgence de cette visite se lit également dans les chiffres récents de la santé financière du pays. À fin octobre 2025, les arriérés de la dette ont atteint 443,6 milliards FCFA, marquant une hausse préoccupante de plus de 174 milliards FCFA par rapport à décembre 2024.
Libreville a multiplié ces derniers mois les incursions sur le marché financier de la CEMAC, accentuant la dépendance du Trésor gabonais à ce canal de financement. Sur l’encours de la dette intérieure, qui s’élevait à 4 391,9 milliards FCFA à fin octobre 2025, plus de 3 200 milliards proviennent de créanciers régionaux. Le Gabon a d’ailleurs franchi en 2024 la « ligne rouge » communautaire avec une dette publique estimée à 72,5 % du PIB, dépassant le critère de convergence fixé à 70 %. Selon les projections de la Banque mondiale, cette trajectoire pourrait porter le taux d’endettement à 86,1 % du PIB d’ici 2027.










