Le discours officiel du Gabon, chantre de la « croissance verte », vole en éclats face à la voracité des multinationales. Les chiffres placent désormais le pays face à ses contradictions historiques : le Gabon occupe la 2ème place mondiale pour la superficie totale de chevauchement entre les licences d’hydrocarbures et les aires protégées, se classant juste derrière la Russie et devant le Royaume-Uni.
Ce qui choque dans ce classement, c’est que le Gabon, malgré sa petite taille par rapport à la Russie, présente des chiffres de chevauchement (~56 000 km²) qui le propulsent au niveau des plus grandes puissances extractives mondiales. En effet, si la Russie détient la plus grande superficie totale (notamment terrestre) et que le Royaume-Uni est le champion des licences en zones marines protégées, le Gabon présente la plus forte concentration de chevauchements en zone tropicale critique. Derrière les labels prestigieux, c’est un démantèlement méthodique de la biodiversité qui s’opère au profit des intérêts industriels.
Perenco et TotalEnergies : Les géants au cœur du dispositif
Au Gabon, l’enquête cible directement les activités de Perenco et TotalEnergies, dont les infrastructures s’étendent au mépris des frontières écologiques. Perenco, particulièrement active au Gabon, est classée 5ème mondiale pour le chevauchement de ses licences avec des aires protégées (74 zones impactées dans le monde). Si Perenco bat TotalEnergies sur le nombre précis de zones impactées au Gabon, TotalEnergies, 3ème au classement mondial, reste une compagnie bien plus impactante à l’échelle mondiale en raison de l’ampleur géographique de ses concessions qui chevauchent des zones protégées sur plusieurs continents (Afrique, Amérique du Sud, Asie).
Au Gabon, 29 aires protégées ne semblent plus exister que sur papier, car elles sont littéralement assiégées par 70 permis d’exploitation. L’ampleur de l’empiètement est vertigineuse : environ 56 125 km² de licences pétrolières et gazières empiètent sur des zones théoriquement sanctuarisées. Cette situation est d’autant plus alarmante qu’une part massive du réseau d’aires protégées du Gabon — qui couvre pourtant environ 21 à 22 % du territoire national — est aujourd’hui hypothéquée par des blocs d’exploration ou d’exploitation. Ce conflit territorial majeur représente une superficie de chevauchement net de 29 551 km², impliquant 35 licences de production active, 13 licences d’exploration imminente et 22 licences au statut inconnu.
L’invasion des zones de production : L’agonie des réserves aquatiques
La production pétrolière active, dominée par ces acteurs majeurs, dévore sans complexe les écosystèmes. La licence TCHATAMBA s’approprie ainsi 27 % de la Réserve aquatique de Tchatamba. Plus au nord, la licence GRAND ANGUILLE MARINE fragmente simultanément trois zones : le Parc marin du Cap-Lopez (22 %), la Réserve de Mandji-Etimboué (11 %) et la Réserve des Canyons du Cap Lopez (1 %).
La réserve de Mandji-Etimboué est devenue le symbole du sacrifice écologique consenti par l’État aux pétroliers. Elle subit les assauts cumulés des licences GRONDIN MANDAROS (7 %), MEROU-SARDINE (5 %), OGUENDJO (5 %), MOUKOUTI (3 %), IGOGO (3 %), PAGEAU MARINE (2 %), GOMBE MARINE (2 %) et INGUESSI MARIN (2 %). D’autres permis comme EBENE (17 %) ou TORPILLE (1 %) achèvent de quadriller la zone. Parallèlement, la licence OLENDE s’accapare 20 % du Parc marin de l’embouchure d’Olendé, tandis que la licence M’WENGUI occupe 17 % du Parc national de Mayumba.
L’exploration : Le pillage programmé des derniers sanctuaires
Sous l’impulsion de Perenco et TotalEnergies, les phases d’exploration préparent les destructions de demain. Le permis NYANGA-MAYOMBE détient le record du cynisme avec un chevauchement de 99 % sur la Réserve de faune de la plaine Ouanga, 27 % sur le Parc marin de la Banio et 15 % sur le site RAMSAR de Chambre. De même, la licence DE-8 s’octroie 92 % du Parc marin de l’embouchure d’Iguela et 72 % de la Réserve de Tchatamba.
Le Parc national de Mayumba subit une pression insoutenable des licences G12-13 (46 %) et H12-13 (30 %). Les sites RAMSAR, pourtant protégés par des conventions internationales, ne sont pas épargnés : la licence KARI occupe 45 % du site de Chambre et 41 % du domaine de Sette-Cama, tandis que la licence EZANGA s’installe sur 23 % du Bas-Ogooué.
L’opacité et l’impunité : Le coup de grâce
Enfin, les licences au statut indéterminé confirment l’abandon de toute éthique environnementale face aux pressions de l’industrie. La licence OLOWI affiche un chevauchement de 100 % sur la Réserve d’Olowi. Le permis MUTAMBA IRORU II s’accapare 35 % de Sette-Cama et 30 % du site RAMSAR de Chambre. La licence ETEKAMBA occupe 32 % de Ngove-Ndogo et 9 % de Loango.
Même la Réserve présidentielle de Wonga-Wongué est touchée par la licence SALSICH (4 %).
En laissant Perenco et TotalEnergies transformer le Gabon en deuxième territoire le plus chevauché au monde par l’industrie fossile, le pays trahit sa propre promesse climatique et réduit ses joyaux naturels au rang de simples concessions industrielles.









