Pourtant, la réalité du terrain impose un calendrier bien plus lent que les espérances politiques. Alors que le Gabon espérait voir Belinga devenir le moteur immédiat de sa transformation économique, le pays assiste à un contraste brutal avec son voisin continental, la Guinée-Conakry. En novembre dernier, le gisement de Simandou a officiellement lancé sa phase industrielle, expédiant son premier minerai de fer vers les marchés mondiaux. Pour Libreville, ce réveil est douloureux : pendant que Conakry concrétise son rêve minier, le projet de Belinga semble encore prisonnier des études et des obstacles logistiques.
Plus d’un an plus tard, Belinga est encore en phase d’exploration. De l’aveu du ministre des Mines de l’époque, Gilles Nembe, s’exprimant dans les colonnes du journal L’Union en novembre dernier, à peine 30 à 50 % des sondages géologiques prévus avaient été réalisés. Les expéditions tests de 2023, présentées parfois comme le coup d’envoi de la production, n’étaient en réalité que des essais logistiques visant à évaluer la chaîne de transport, et non le début d’une exploitation industrielle à grande échelle.
Le retard de Belinga n’est pas seulement géologique ; il est structurel. Contrairement à la Guinée qui a su mobiliser des géants mondiaux comme Rio Tinto et des capitaux chinois pour construire un chemin de fer de 600 kilomètres et un port dédié, le Gabon doit encore bâtir son cadre logistique. Le démarrage effectif de la mine est conditionné par la construction du port en eau profonde de Mayumba, d’une centrale hydroélectrique pour l’énergie et d’une voie ferrée capable de supporter des volumes massifs.
L’entrée en scène de la Guinée sur le marché mondial du fer complique la donne pour le Gabon. Avec des réserves massives et des infrastructures déjà opérationnelles, Simandou pourrait saturer l’offre mondiale, contraignant potentiellement Belinga à une mise en veilleuse si le coût de production gabonais n’est pas compétitif. Les experts soulignent que l’avance prise par Conakry oblige Libreville à repenser sa stratégie : il ne s’agit plus seulement d’extraire du minerai, mais de synchroniser l’exploitation avec la transformation locale pour garantir une rentabilité.
Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, le défi est désormais de transformer l’horizon 2028 — date avancée pour la phase de production — en une certitude. Si l’objectif des 163 000 emplois reste la boussole sociale du gouvernement, l’enlisement de Belinga rappelle qu’en matière de projet minier — comme celui de Belinga, avec tous les défis structurants que cela suppose — la vision politique doit s’accorder avec la rigueur technique.










