Sur l’urgence et la notion de “défaite collective”
Quand nous parlons de défaite collective, ce n’est ni une formule excessive ni un slogan. C’est un constat lucide. Au-delà de l’arrêt des cours, le risque immédiat est celui d’une rupture silencieuse mais durable entre l’enfant et l’école. Plus le temps passe, plus le décrochage devient probable, surtout pour les élèves issus des milieux les plus fragiles.
Il y a aussi un risque psychologique et social : une génération qui se sent abandonnée développe de la frustration, du désenchantement, parfois même de la colère. Or une jeunesse privée de repères et de perspectives est une jeunesse vulnérable à toutes les dérives.
Enfin, il existe un risque irréversible pour l’égalité des chances. Les familles qui ont des moyens s’organisent, les autres subissent. Chaque jour perdu creuse un peu plus les inégalités. Et cela, aucun rattrapage technique ne pourra totalement le réparer. Voilà pourquoi nous parlons d’urgence nationale, pas d’un simple conflit sectoriel.
Sur l’appel à l’intervention du Chef de l’État
Oui, il faut le dire avec clarté et sans détour : les mécanismes actuels de médiation ont montré leurs limites. Ils ont été engagés avec bonne foi, mais ils n’ont pas permis de rétablir la confiance ni de déboucher sur une issue durable.
Lorsque le Bloc Démocratique Chrétien appelle le Chef de l’État à s’autosaisir de cette crise, ce n’est ni une mise en cause du Gouvernement ni une posture politique. C’est la reconnaissance d’une réalité institutionnelle : dans les moments de blocage majeur, seul l’arbitrage du garant des institutions peut recréer un cadre d’autorité, de sérénité et de confiance.
Le Président de la République incarne l’unité nationale. Son implication directe permettrait d’élever le débat au-dessus des postures, de rappeler les responsabilités de chacun et de replacer l’enfant gabonais au centre de toutes les décisions.
Sur la “Rencontre Nationale de Concertation”
Nous sommes parfaitement conscients du risque : le Gabon n’a pas besoin d’un forum de plus, ni d’un énième espace de discours sans lendemain. C’est précisément pour cela que nous insistons sur une concertation structurée, encadrée et orientée vers des décisions exécutoires.
Cette rencontre doit reposer sur trois piliers clairs :
Un ordre du jour précis, limité aux points essentiels et non négociables ;
Un calendrier contraignant, avec des délais de mise en œuvre clairement définis ;
Des engagements formalisés, consignés dans un document public engageant moralement et politiquement toutes les parties.
L’objectif n’est pas de parler pour parler, mais de sceller un pacte éducatif national, où chacun – État, syndicats, confessions religieuses, société civile – assume sa part de responsabilité devant la Nation.
Sur la “Trêve sociale” et l’intérêt national
Quand nous affirmons que “la République ne se négocie pas, elle se protège”, cela signifie que certaines lignes ne peuvent être franchies. L’école fait partie de ces sanctuaires républicains.
Concrètement, nous attendons des partenaires sociaux un geste de responsabilité historique : accepter une trêve sociale temporaire dans le secteur de l’éducation afin de sauver l’année scolaire, tout en poursuivant les discussions de fond dans un cadre apaisé.
Il ne s’agit pas de nier les revendications, encore moins de demander des sacrifices unilatéraux. Il s’agit de hiérarchiser les urgences. Quand la Nation est menacée dans son avenir, les calculs corporatistes, politiques ou personnels doivent passer au second plan.
Si cette crise continue de s’étendre à d’autres secteurs, c’est l’équilibre social tout entier qui sera fragilisé. La trêve sociale que nous appelons de nos vœux est donc un acte de patriotisme, un choix de maturité collective, et un signal fort envoyé à la jeunesse gabonaise : celui d’un pays capable de se rassembler quand l’essentiel est en jeu.










