Un constat de « contenus inappropriés » et « haineux » selon la HAC
La décision est tombée à l’issue d’une séance plénière ordinaire tenue au siège de la HAC, sous la présidence de Germain Goyo Moussavou. Hier soir, sur le plateau de Gabon 1ère, le régulateur a justifié cette mesure radicale par la « diffusion récurrente sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques accessibles sur le territoire gabonais de contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux ». Selon l’institution, ces publications portent gravement atteinte « à la dignité humaine, aux bonnes mœurs, à l’honneur des citoyens, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale ».
La HAC relève avec inquiétude que ces outils sont « abusivement utilisés par certains activistes pour porter atteinte à l’honneur et à la réputation d’institutions, de citoyens gabonais et de personnalités publiques ». Ces agissements se font, précise le communiqué, « en violation des lois en vigueur au Gabon, notamment la loi numéro 019/2016 du 9 août 2016 portant Code de la communication ».
Cyberharcèlement et menaces sur la stabilité nationale
Pour répondre à l’urgence, la HAC dénonce avec fermeté « la diffusion de propos diffamatoires et injurieux, portant atteinte à la dignité, à la réputation, à la vie privée d’un grand nombre de citoyens gabonais ». Elle pointe également du doigt « la propagation de fausses informations, fake news, susceptibles de troubler l’ordre public et la cohésion sociale, et de porter atteinte à la défense nationale », sans oublier le fléau du « cyberharcèlement, incitant à des attaques organisées » et la « divulgation non autorisée de données personnelles ».
Au-delà des attaques individuelles, c’est la survie même du modèle social qui serait en jeu. La HAC affirme que ces agissements sont susceptibles d’« engendrer des conflits sociaux, de déstabiliser les institutions de la République et de mettre gravement en péril l’unité nationale, les avancées et les acquis démocratiques ».
L’indifférence des plateformes pointée du doigt
Le régulateur ne s’en prend pas seulement aux utilisateurs, mais aussi aux géants du numérique. Dans sa déclaration particulièrement vigoureuse, la HAC « condamne fermement l’usage abusif et dévoyé desdites plateformes par certains utilisateurs et déplore ce qui s’apparente à l’indifférence de ces plateformes ». Elle fustige notamment « l’absence d’une véritable volonté de modération des contenus illicites dont elles sont pourtant les supports de diffusion ».
Pour l’ancien ambassadeur du Gabon en France, Germain Goyo Moussavou, si la liberté de commentaire et de critique est un « droit fondamental consacré au Gabon et garanti par la Haute Autorité de la Communication », elle ne saurait « s’exercer en violation flagrante des lois nationales et internationales en vigueur ». En conséquence de quoi, pour faire face à ces « dérives potentiellement conflictogènes », la HAC a décidé de la « suspension immédiate des réseaux sociaux sur le territoire national gabonais jusqu’à nouvel ordre ».
Pour mémoire, la dernière fois que les internautes avaient été coupés des réseaux sociaux, c’était à la suite de la présidentielle controversée d’août 2023. Le réseau Internet avait été rétabli dans la foulée du coup d’État qui a renversé Ali Bongo Ondimba. Les précédentes fois, c’était lors des violences post-électorales des présidentielles de 2009 puis de 2016.










