L’ancien chef du gouvernement a dressé un diagnostic sur l’état de santé de la société d’État : « Pour la première fois depuis sa création, la GOC va connaître un résultat négatif, car ses comptes sont au rouge ». Ce basculement dans le déficit, pour une entité censée être le poumon financier du pays, serait, selon lui, la conséquence d’une gestion déconnectée des réalités économiques du secteur pétrolier et d’un usage discutable des fonds publics.
Le financement d’Oliguiville : 52 milliards dans le viseur
Au cœur des critiques se trouve l’utilisation des fonds de la GOC pour des projets de construction civile sous le label de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Bilie-By-Nze a affirmé que 52 milliards de francs CFA issus des caisses de la société pétrolière auraient été mobilisés pour bâtir des villas à travers le pays.
Le projet le plus emblématique cité est celui d’Oliguiville, une localité en construction à Oyem, mais les investissements toucheraient également la Ngouni et Franceville. L’opposant s’est interrogé sur la transparence de ces chantiers : « À quel moment l’Assemblée nationale a adopté dans la loi de finances la construction à Oyem d’une ville appelée Oliguiville ? ». Pour lui, il s’agit d’une situation où les ressources énergétiques sont orientées vers la création de complexes immobiliers alors que les populations subissent les effets de l’inflation.
Des flux financiers vers EBOMAF
L’autre dossier concerne les relations financières entre la GOC et le groupe de BTP EBOMAF, propriété de l’homme d’affaires burkinabè Mahamadou Bonkoungou. Alain-Claude Bilie-By-Nze a pointé du doigt des décaissements trimestriels de l’ordre de 20 millions de dollars (soit environ 12 milliards de francs CFA par trimestre) en faveur de ce groupe.
Selon l’ancien Premier ministre, ces transferts de fonds se feraient sans « aucun contrat de prestations réelles » entre les deux entités. Cette absence de base contractuelle soulève des questions sur la nature exacte de ces flux et sur l’utilisation de la rente pétrolière du pays.
L’exigence d’un audit indépendant
En conséquence, il exige solennellement un audit indépendant sur les comptes de la GOC pour la période allant d’août 2023 à ce jour. Pour l’ancien chef du gouvernement, la crédibilité de l’État sur la scène internationale est en jeu, d’autant plus que le pays s’apprête à solliciter à nouveau l’appui du FMI.
Rappel historique : La GOC, éternelle « vache à lait » du pouvoir ?
Les révélations actuelles font écho au procès de l’opération « Scorpion » en 2022, où l’ex-ADG Christian Patrichi Tanasa avait déclaré que la GOC servait de « vache à lait » pour le régime déchu. À l’époque, la justice avait mis en lumière un déficit de 42 milliards de francs CFA ainsi que le financement de la Fondation Sylvia Bongo et des surfacturations immobilières massives, les coûts passant de 3 à 12 milliards.










