Oligui Nguema rechigne à les recevoir et demande qu’ils s’adressent à leur ministère de tutelle, mais le conseiller insiste pour que la délégation, déjà dans la salle d’attente, soit reçue. C’est chose faite : ils sont introduits dans la suite du président de la République avec qui ils suivront la finale. L’histoire ne dit pas s’ils recevront « l’argent du coca », mais cette rencontre insolite va fuiter, fera les choux gras de la presse, et ladite délégation sera désavouée par sa base. Loin de s’apaiser, la grève va s’enliser.
Comment la concentration absolue des pouvoirs peut-elle transformer un chef d’État en cible unique du mécontentement social ? Quelles sont les conséquences politiques de la disparition du poste de Premier ministre face à l’enlisement des crises quotidiennes ? En s’appuyant sur la nouvelle architecture institutionnelle issue de la Constitution du 19 décembre 2024, Brice Clotaire Oligui Nguema s’expose à une vulnérabilité politique inédite. Analyse d’un pari institutionnel qui pourrait se retourner contre son auteur.
La fin des fusibles politiques
Dans l’exercice du pouvoir, la structure hiérarchique ne sert pas seulement à administrer, elle sert à protéger. Traditionnellement, le Premier ministre remplissait ce rôle ingrat de rempart. Or, la Constitution du 19 décembre 2024 consacre un changement de paradigme majeur : en son article 69, elle installe un régime où le Président de la République est le seul détenteur du pouvoir exécutif. Le Président de la République est à la fois le Chef de l’État et le Chef du Gouvernement. En décidant de supprimer ce poste, Oligui Nguema a volontairement démantelé ce mécanisme de sécurité. Cette concentration des pouvoirs, loin de n’être qu’une simple formalité administrative, modifie profondément la perception du sommet de l’État : le Président n’est plus seulement l’arbitre, il est le seul joueur sur le terrain.
La gestion du quotidien : un face-à-face permanent
Le risque majeur de cette architecture est la personnalisation de la crise. Sans intermédiaire, les griefs quotidiens des citoyens ne s’arrêtent plus dans les ministères ; ils frappent directement à la porte du palais de la Rénovation.
Quand les robinets s’assèchent ou que le réseau électrique vacille, le citoyen ne pointe plus du doigt un ministre technique, mais l’unique détenteur de l’autorité. En l’absence de collaborateurs de premier rang pouvant servir de boucs émissaires, Oligui Nguema se retrouve dans une impasse rhétorique. L’accumulation des dysfonctionnements n’est plus une erreur de casting gouvernementale, mais devient, par définition, la preuve d’une faille au sommet.
Le pouvoir fort, tel qu’il a été conçu ici, se transforme paradoxalement en une fragilité : celle d’un homme qui, ayant voulu tout contrôler, se retrouve seul comptable.










