Le front social comme révélateur d’une crise de crédibilité
Dans son analyse, l’enseignant en droit souligne que les revendications actuelles ne portent pas sur des exigences « extravagantes ou irréalistes ». Elles concernent des droits fondamentaux : salaires dus, rappels de solde et régularisations administratives. Selon lui, le malaise actuel n’exprime pas une contestation de l’autorité de l’État, mais une rupture profonde entre la parole publique et l’action concrète. « Ce qui est contesté aujourd’hui, ce n’est pas l’autorité de l’État, mais sa crédibilité », assène-t-il, rappelant que « plus les promesses initiales sont élevées, plus la frustration qui suit leur non-réalisation est intense ».
Un pouvoir bâti sur la « promesse totale »
Le régime issu du changement d’août 2023 s’est construit sur un récit de rupture radicale, promettant une réparation rapide de tous les dysfonctionnements du pays. Ali Akbar Onanga Y’Obegue pointe toutefois une erreur originelle : l’absence de diagnostic préalable. Le pouvoir a multiplié les annonces spectaculaires sans présenter d’audit rigoureux des finances publiques. « Le choix a été fait de promettre avant d’analyser, d’annoncer avant d’évaluer, de rassurer avant de mesurer », explique-t-il, qualifiant cette démarche de « populisme fondateur ». Si cette stratégie permet de capter l’adhésion immédiate, elle devient « destructrice » à moyen terme dès lors que la réalité budgétaire finit par s’imposer.
La fabrication politique de l’attente
L’ancien ministre rappelle que « l’attente sociale ne naît jamais spontanément », elle est une production du discours public. En annonçant solennellement, lors des vœux du 31 décembre 2024, la création de « 163 000 emplois » grâce à de grands projets structurants comme le chemin de fer Belinga-Bouée-Mayumba, le Chef de l’État a lui-même fixé les termes de sa propre évaluation. Un an plus tard, en janvier 2026, le constat est implacable : les emplois ne se sont pas matérialisés et les infrastructures restent « largement invisibles ou inachevées ». Ce décalage alimente une frustration qui n’est pas le fruit d’une impatience irrationnelle, mais la conséquence d’un « contrat politique implicite » non honoré.
Le paradoxe de l’endettement massif
L’un des points les plus critiques de l’analyse concerne la gestion de la dette. Alors que le pouvoir invoque systématiquement « l’endettement lourd hérité du régime déchu » pour justifier ses difficultés, les chiffres racontent une tout autre histoire. Au 30 août 2023, la dette s’élevait à 7 000 milliards de F CFA. Fin octobre 2025, elle atteint 8 606 milliards. En comptant les remboursements, Ali Akbar Onanga Y’Obegue établit un constat arithmétique « implacable » : près de 4 700 milliards de F CFA de nouveaux emprunts ont été contractés en seulement 27 mois.
Il souligne une contradiction politique majeure : le régime actuel emprunte à un rythme de « 175 milliards de F CFA par mois », soit « 4,2 fois plus rapidement que son prédécesseur ». Il alerte sur le fait que cet endettement massif risque d’absorber les ressources vitale par un « effet d’éviction », car « la dette chasse l’investissement productif ». « On ne peut durablement reprocher au passé son endettement tout en l’aggravant à un rythme 4 fois supérieur », fustige-t-il.
Un avertissement pour l’avenir
Pour le Dr Onanga Y’Obegue, le front social est un « avertissement politique majeur ». Il signale qu’un seuil critique a été franchi entre l’espérance et la frustration. « Le populisme peut permettre de conquérir le pouvoir, il ne permet jamais de le gouverner durablement », prévient-il. En « hypothéquant l’avenir du pays pour financer un récit politique » sans résultats tangibles, le pouvoir s’expose à une colère qui n’est pas un goût pour le désordre, mais une « exigence de vérité et de responsabilité ».










