Le mirage comptable de l’ère Moundounga
Le point de rupture nous ramène à l’époque de Séraphin Moundounga. Alors ministre de l’Éducation nationale et figure de proue du régime, celui qui s’était forgé une réputation de « casseur de grève » à l’Université Omar Bongo (UOB) portait à bout de bras ce fameux « Pacte décennal ». Ce plan de 1 786,5 milliards de FCFA promettait de bâtir, pierre par pierre, une « maison Éducation » moderne et compétitive.
Cependant, avec le recul, cet investissement historique s’apparente davantage à un mirage statistique qu’à une transformation concrète. Une interrogation demeure : où sont passés les 91,5 milliards de FCFA censés financer le soutien institutionnel ? Si 50 milliards étaient destinés à un siège rutilant et 40 milliards à une flotte automobile de prestige, la réalité du terrain offre un spectacle bien différent. Le siège central du ministère a vu défiler une pléthore de ministres, mais ses murs n’ont pas bougé d’un iota, et ses cadres sont loin d’être les mieux lotis de l’administration en matière de mobilité.
Des milliards évaporés, des chantiers fantômes
Le catalogue des rendez-vous manqués est accablant. Les 180 milliards de FCFA prévus pour construire 4 500 logements destinés aux enseignants en zone rurale semblent s’être volatilisés. Ce manquement condamne aujourd’hui des milliers de fonctionnaires à une précarité indigne, constituant un frein majeur à toute politique de mutation vers l’intérieur du pays.
De même, les 53 milliards budgétisés pour ériger trois universités à Oyem, Mouila et Port-Gentil n’ont accouché que de chantiers fantômes. Ces promesses sans lendemain laissent la jeunesse de ces provinces dans l’impasse. Que dire de la fracture numérique ? Censée être résorbée par les 15 milliards du projet d’ordinateurs « XO », elle demeure un gouffre béant. Enfin, les 53 internats promis pour désengorger les lycées n’ont jamais vu le jour, abandonnant les élèves à des conditions d’apprentissage marquées par une saturation critique, voire une absence totale de structures d’accueil.
Un héritage de ruines
Aujourd’hui, le « Pacte de l’Éducation » de l’ère Moundounga n’est plus qu’un souvenir amer, le symbole d’une décennie de rendez-vous manqués et d’une gestion par l’annonce. Entre les chiffres vertigineux du passé et la décomposition actuelle du système, le fossé est devenu un abîme que les commissions tripartites actuelles peinent à combler.










