Si l’annonce par le ministre de l’Économie, Thierry Minko, du transfert des fonds de la GOC — environ 160 milliards de FCFA — peut être immédiate en raison de la souveraineté de l’État sur l’unique compagnie nationale du pays, cette annonce peut paraître illusoire en ce qui concerne les compagnies étrangères. Selon des observateurs du secteur, un délai d’au moins trois ans serait nécessaire pour rendre ce processus opérationnel pour tous les opérateurs. À ce jour, pour plusieurs d’entre eux, les comptes dédiés ne sont pas encore ouverts et la disponibilité physique de cette somme colossale pose question.
Si certaines sociétés comme TotalEnergies, Assala ou Valco ont effectivement provisionné des fonds, de nombreux autres opérateurs se limitent à des écritures comptables sans approvisionnement réel sur des comptes à l’étranger. Or, sans matérialisation de ces actifs, aucun rapatriement effectif vers la BEAC ne peut être envisagé.
Le projet soulève également un enjeu d’équité au sein de la zone CEMAC. Actuellement, le Gabon est le seul pays de la sous-région à exiger une telle mesure de la part de ses opérateurs. Ni le Congo, ni la Guinée équatoriale n’ont imposé de rapatriement similaire pour leurs fonds de restauration de sites. Cette situation pourrait pénaliser l’économie gabonaise, car ces 160 milliards de FCFA rapatriés par le seul Gabon alimenteraient les réserves globales de la BEAC, bénéficiant ainsi à l’ensemble des États membres via les dividendes et la gestion des devises. Le pays se retrouverait ainsi à porter seul l’effort de stabilisation monétaire régionale au détriment de sa propre flexibilité financière.
La mesure rencontre une vive opposition, notamment de la part des États-Unis. De nombreux fonds de restauration sont domiciliés dans des institutions financières américaines ou liés à des partenaires stratégiques. En raison de doutes sur la fiabilité de la gestion de ces fonds une fois rapatriés, l’administration américaine avait déjà exprimé son désaccord. Ces tensions ont des répercussions sur les institutions multilatérales puisque le FMI aurait été incité à restreindre l’accès aux prêts pour les pays cherchant à imposer ce rapatriement sans un consensus global, tandis que les opérateurs pétroliers craignent que ce mouvement de capitaux ne soit perçu comme un signe d’instabilité juridique.
Le dernier obstacle est d’ordre réglementaire avec l’absence d’une convention signée entre les opérateurs, la BEAC et l’État gabonais. Ce document est indispensable pour encadrer strictement l’utilisation des sommes versées. Les entreprises pétrolières exigent des garanties de transparence, demandant notamment que la BEAC limite sa souveraineté sur ces fonds pour s’assurer que les 160 milliards de FCFA ne soient pas réalloués à d’autres dépenses publiques.
La question centrale demeure la garantie de disponibilité, car les opérateurs veulent l’assurance que l’argent sera disponible au moment effectif de la fermeture des sites pour couvrir les coûts de restauration environnementale. Tant que ce cadre contractuel n’est pas validé par toutes les parties, les annonces de rapatriement risquent de rester de simples intentions politiques sans traduction concrète.










