Le dossier brûlant de « l’équipementier-sélectionneur »
Le point de rupture pour Thierry Mouyouma réside dans l’affaire Gabon Sports Management (Gasma). Selon les enquêtes de Romain Molina, le sélectionneur aurait créé cette société privée pendant son mandat pour imposer sa marque « Gaboma ». L’utilisation d’un budget de 300 millions de FCFA pour des équipements non homologués par la CAF — entraînant l’annulation de matchs de préparation faute de maillots — constitue un dossier lourd de conflit d’intérêts et de détournement de fonds publics.
L’énigme du silence : Qui savait ?
Une question brûlante demeure : si ces faits sont avérés, comment un tel conflit d’intérêts a-t-il pu échapper à toute la chaîne de contrôle de l’État ? Comment est-il possible que le ministère des Sports, la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT), et jusqu’aux services de la Présidence de la République, n’aient pas été informés — ou pire, aient fermé les yeux — sur le fait que le sélectionneur national était simultanément le fournisseur commercial de l’équipe ? Ce silence institutionnel interroge sur la complicité ou l’incompétence des organes de surveillance qui auraient dû stopper cette dérive dès la création de la société Gasma en avril 2025.
Racket sur les primes : « La vieille recette »
Au-delà du textile, l’enquête révèle un système de rétrocommissions sur les primes. Des témoignages indiquent que certains joueurs n’auraient été sélectionnés qu’en échange du reversement d’une partie de leurs émoluments au staff. Si ces faits de corruption sont étayés, Mouyouma et ses proches collaborateurs pourraient répondre de faits d’extorsion et de corruption active devant les magistrats.
Un football local sacrifié sur l’autel de la politique
Ce scandale judiciaire est le symptôme d’une absence totale de politique nationale. Alors que le Gabon a organisé deux CAN (2012 et 2017), l’héritage en infrastructures n’est plus qu’une illusion. Le pays paie son incapacité à former : le championnat national est à l’arrêt, et les compétitions scolaires ou interuniversitaires ont laissé place à des tournois ponctuels, outils de clientélisme électoral qui ont fini de tuer la relève.
La fin de l’immunité
Dans un climat de « restauration des institutions », le pouvoir semble décidé à ne plus couvrir ces dérives.
Une action en justice pourrait provoquer un grand déballage à la FEGAFOOT, où les guerres de clans pour le contrôle du « business » des Panthères font rage, mais aussi ceux qui, au sein de l’administration, ont laissé faire devront également s’expliquer.
Le dénouement rappelle la formule d’Omar Bongo Ondimba : « Quand un bordel ne marche pas, ce n’est pas la façade qu’il faut ravaler, il faut tout casser et reprendre. »










