La multinationale a fini par briser le silence. Dans un communiqué de presse, TotalEnergies EP Gabon a admis un « percement de pipeline » ayant entraîné une fuite localisée d’hydrocarbures dans le quartier de la zone Asecna, à Port-Gentil. Si l’entreprise assure avoir immédiatement stoppé la production et mobilisé ses équipes d’intervention pour sécuriser la zone, cet incident résonne comme un écho sinistre aux événements dramatiques du Cap Lopez en avril 2022. Malgré les opérations de curage et d’excavation lancées en urgence le 24 février 2026, l’inquiétude grandit : la répétition de ces « accidents » techniques trahit une fragilité structurelle que les communiqués de crise peinent à masquer.
Sette Cama : L’agonie d’un sanctuaire Ramsar
Au-delà de Port-Gentil, c’est tout le littoral gabonais qui semble suffoquer. Interrogé par notre rédaction, Michaël Moukouangui Moukala, journaliste lauréat du prix du meilleur reporter environnemental, dresse un constat alarmant de la situation à Sette Cama. « Il y a actuellement une pollution à Sette Cama, à deux pas du parc national de Loango. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il prend une ampleur inédite », alerte-t-il. Ce site, classé Ramsar pour son importance mondiale, est un sanctuaire où les éléphants foulent le sable et où les pélicans nichent en nombre. Aujourd’hui, cette biodiversité unique est directement menacée par les résidus pétroliers.
Pour l’expert, le cas de Mayumba en 2025, géré de façon « peu orthodoxe » au regard des procédures environnementales, n’a pas servi de leçon. « Le Gabon, qui se présente comme un modèle de lutte contre le changement climatique, devrait faire preuve d’une diligence proactive. Aujourd’hui c’est Sette Cama, hier c’était Mayumba, demain quelle région sera touchée ? », s’interroge Michaël Moukouangui Moukala, pointant du doigt l’inertie des autorités face à des industriels dont les comportements semblent échapper à tout contrôle rigoureux.
L’impunité industrielle en question
L’incident chez TotalEnergies survient seulement quelques jours après une fuite similaire de l’entreprise Perenco sur le site de Mandji-Ndolou, illustrant une défaillance systémique de la surveillance des infrastructures pétrolières au Gabon. Si TotalEnergies affirme prendre en charge les riverains impactés et mener des investigations pour déterminer les causes du percement, le doute subsiste sur la capacité de l’administration à exiger de réels comptes : « Il faut que les auteurs de ces méfaits répondent de leurs actes », martèle Michaël Moukouangui Moukala. Le ministère de l’Environnement et l’Administration Générale de l’Environnement sont désormais au pied du mur. Leur mission de surveillance permanente est plus que jamais remise en cause par la multiplication de ces points noirs écologiques. Entre les impératifs de production de TotalEnergies et la protection de réservoirs de biodiversité comme Sette Cama, le déséquilibre semble devenu la norme, transformant les joyaux naturels du pays en zones à risques permanents.
La question de l’origine exacte de la pollution à Sette Cama reste officiellement en suspens, mais pour les observateurs, l’État gabonais doit de toute urgence « construire le problème » et identifier les coupables. Sans une veille technologique et une répression sévère des manquements à la sécurité des pipelines, le grand naufrage écologique des côtes gabonaises semble inéluctable.










