L’espoir assassiné par la « désillusion »
D’entrée de jeu, le président d’Ensemble Pour le Gabon a rappelé l’élan suscité par l’arrivée des militaires au pouvoir, pour mieux souligner la chute : « Le 29 août 2023… un groupe de militaires s’est emparé du pouvoir… le chef de la junte prononçait un discours qui a suscité un immense espoir. On nous a promis la restauration des institutions, de la dignité des Gabonais, la fin du clientélisme. » Pourtant, le constat actuel serait, selon lui, sans appel : « Près de trois ans après, le constat est clair. L’espoir a laissé place à la désillusion et le peuple n’y croit plus. Désillusion parce que, si tout a changé dans la vie des nouveaux maîtres du Gabon et de leurs proches, rien, ou presque, n’a changé pour le peuple. »
Le « Bricolage » comme mode de gouvernance
Le point d’orgue de sa déclaration réside dans la dénonciation d’une gestion qu’il juge erratique et dénuée de vision. Alain-Claude Bilie-By-Nze fustige une transition qui navigue à vue : « Depuis bientôt trois ans, le Gabon est passé en mode bricolage. Ils ont bricolé le dialogue national, le référendum, la constitution, le code électoral, les élections, les institutions… Mais bricoler, ce n’est pas gouverner. C’est improviser. » Pour l’ancien chef du gouvernement, ce “bricolage” a des conséquences concrètes sur l’État de droit. Il affirme que les institutions ont été rabaissées et soumises au diktat d’un seul homme, tandis que s’installe la république des copains, coquins et consanguins. Il ajoute que la justice est désormais aux ordres, piétinée, et que l’État de droit n’existe plus.
Une économie en sursis et une opacité financière
Sur le plan économique, les chiffres avancés par l’opposant font froid dans le dos. Il conteste vigoureusement les annonces officielles de désendettement : « On annonce avoir remboursé 3 000 milliards de francs CFA de dette… alors que, dans le même temps, la dette du Gabon est évaluée à fin décembre 2025 à 8 600 milliards, soit en réalité 4 600 milliards empruntés par ce pouvoir en deux ans à peine. » Il dénonce également des projets sans suite et des audits restés lettre morte, s’interrogeant sur les dossiers Delta Synergie, la SEEG ou les 18% du pétrole gabonais autrefois attribués à la famille Bongo. Il demande également des comptes sur la perte de l’île Bani, qu’il qualifie de grande blessure au cœur d’une nation qui saigne.
Urgence sociale et sécuritaire : « Le peuple a peur »
L’opposant a consacré une large partie de son allocution à la détresse quotidienne des Gabonais, évoquant la vie chère, les nouvelles taxes comme la taxe d’habitation ou la contribution foncière unique, et surtout l’insécurité galopante. « Les enfants sont enlevés et retrouvés sans vie. Les crimes rituels sont là. Comment demander à un peuple de croire quand il a peur pour ses enfants ? » s’est-il interrogé, avant de proposer des mesures d’urgence comme la création d’un dispositif “Alerte Disparition” et d’un parquet spécialisé.
Un appel au réveil : « Refusons d’être traités en esclaves »
En conclusion, Alain-Claude Bilie-By-Nze exhorte ses compatriotes à ne pas céder à la fatalité, lançant un appel à la résistance civile et morale : “« Ils veulent faire de nous un peuple à genoux. Ils veulent nous inculquer une mentalité d’esclave. Les esclaves finissent par remercier le maître pour les quelques miettes qu’il veut bien leur jeter. Refusons d’être traités de la sorte. » Réitérant son exigence de vérité sur les événements de 2009 et 2016, il a conclu en souhaitant que 2026 soit l’année d’un réveil collectif pour que sonne enfin l’heure de la libération réelle.










