C’est l’un des enseignements majeurs du nouveau gouvernement dévoilé ce 1er janvier 2026 : Henri-Claude Oyima ne fait plus partie de l’équipe ministérielle. Arrivé en mai dernier avec l’étiquette de « l’homme de la situation » pour redresser les comptes d’un pays à l’économie exsangue héritée du régime déchu d’Ali Bongo Ondimba, le banquier quitte son maroquin après seulement quelques mois d’exercice.
Son passage au gouvernement restera marqué par une polémique tenace sur le conflit d’intérêts au plus haut sommet de l’État. Malgré les critiques et les appels à la démission, celui qui tenait les rênes de l’Économie n’avait jamais consenti à lâcher son fauteuil de PDG du groupe BGFIBank, ni celui de président du conseil d’administration de la BVMAC.
Un malaise né à Yaoundé
Si le talent de gestionnaire d’Henri-Claude Oyima est rarement remis en cause, c’est sa communication qui, pour beaucoup, a scellé son destin politique. On se souvient du malaise provoqué par ses déclarations lors d’un déplacement officiel au Cameroun. Interrogé sur sa double casquette par un média local, il avait lâché, créant un malaise profond au sommet de l’État :
« La fonction de ministre, c’est un CDD. BGFI, c’est un CDI. Je privilégie le CDI. »
Cette sortie, perçue comme un manque de considération pour la sacralité de la fonction publique et l’autorité du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, avait jeté un froid au sein du Conseil des ministres. Pour ses détracteurs, le message était clair : la banque passait avant la Nation.
Un héritage économique controversé
Le ministre sortant laisse derrière lui un bilan technique lourd de controverses. Son passage au prestigieux portefeuille de l’Économie reste indissociable d’une Loi de Finances 2026 fustigée par l’opinion publique, notamment en raison de l’instauration de la très décriée taxe forfaitaire d’habitation.
Cette mesure fiscale, jugée étouffante pour les ménages, a cristallisé une rupture entre sa politique et les aspirations sociales. Ce climat interne s’est doublé d’un signal d’alarme sur la scène internationale : l’économie gabonaise a récemment vu sa note dégradée par l’agence de notation Fitch Ratings, traduisant une fragilisation de la signature souveraine du pays sous son magistère.
Le choix de la stabilité ?
Alors qu’il avait un temps laissé entendre qu’il démissionnerait de la BGFIBank pour se consacrer entièrement à l’État, le constat aujourd’hui est sans appel. Henri-Claude Oyima n’a jamais quitté le groupe qu’il a bâti en quarante ans de carrière.
En quittant le gouvernement aujourd’hui, le banquier semble avoir transformé sa propre prophétie en réalité. Son « CDD » ministériel a pris fin, tandis que son « CDI » à la tête de la BGFIBank, lui, demeure intact. Reste à savoir si ce départ est une éviction décidée par le sommet de l’État pour mettre fin à l’imbroglio éthique, ou si Henri-Claude Oyima a lui-même choisi de retourner à ses premières amours financières.










