Alors que s’éteignent les lumières de l’année 2025, le chef de l’État a tenu à saluer le « sens élevé du patriotisme » des citoyens qui a contribué à l’avènement de la Cinquième République. Toutefois, il a tempéré cet enthousiasme par un appel à la vigilance technique et morale. Pour le numéro un gabonais, le processus démocratique s’apparente à la navigation sur l’Ogooué : « Ses eaux sont parfois calmes, parfois tumultueuses, parfois troubles, parfois limpides, parsemées de bandes de sable, de rapides et de chutes. »
Vers une correction des « failles » électorales
Si les scrutins de l’année écoulée ont été reconnus par la communauté internationale, le Président n’a pas occulté les « imperfections inhérentes à toute œuvre humaine ». Il a notamment identifié plusieurs dérives structurelles qu’il entend corriger : « Les derniers scrutins ont mis en lumière certaines failles de notre système électoral, notamment la qualité du fichier électoral, les phénomènes de transhumance politique liés aux transports inopportunes des électeurs, l’usage abusif des procurations. »
Face à ce constat, il a jugé « indispensable » d’instaurer des réformes pour renforcer la transparence, affirmant que comme les « grands piroguiers Adouma, il nous faut pagayer avec prudence pour poursuivre inlassablement notre voyage vers cet horizon qu’est la démocratie. »
Une critique acerbe de « l’ardeur électorale »
Le discours a été marqué par une mise en garde ferme envers une partie de la classe politique. Le chef de l’État a déploré un décalage entre l’énergie déployée pour la conquête du pouvoir et celle consacrée au développement du pays : « Il m’afflige de constater que l’ardeur se manifeste avec éclat lorsqu’il s’agit des échéances électorales, tandis qu’elle s’estompe sensiblement lorsqu’il est question de penser l’avenir de notre pays, d’ériger des infrastructures essentielles ou de lutter contre le chômage des jeunes. »
Il a fustigé les comportements de certains acteurs, dénonçant des « postures extrêmes » et des « propos véhéments ». Visant sans détour certains responsables, il a rappelé que « l’engagement politique véritable ne saurait se réduire à la seule conquête du pouvoir, mais qu’il s’inscrit avant tout dans la recherche du progrès et du bien commun. »
Une lutte frontale contre la corruption et l’arrogance
Abordant la moralité publique, Brice Clotaire Oligui Nguema a critiqué les nouveaux visages de l’administration qui « persistent et confondent services publics et intérêts privés ». Il a cité avec amertume ceux qui proclament : « Aujourd’hui c’est notre tour, on prend tout ».
Pour le Président, ces attitudes sont inadmissibles : « De tels comportements sont indignes de notre idéal républicain. Ils trahissent la République, que nous avons le devoir sacré de servir. » Il a ainsi réaffirmé sa volonté de poursuivre l’assainissement entamé avec le procès Bongo-Valentin : « Ce procès a permis de mettre en lumière l’ampleur du préjudice subi par notre nation : une économie détruite en 14 ans, une dette abyssale. […] D’autres procès suivront. »
Rigueur financière et « dignité retrouvée »
Le volet économique du discours a souligné l’effort de guerre financière du pays. Avec « près de 3 142 milliards de francs CFA consacrés au remboursement de la dette intérieure et extérieure » depuis août 2023, le Gabon doit, selon lui, s’aligner sur les « standards internationaux de gestion financière ».
Le Président a conclu en appelant à une transformation des mentalités. La Cinquième République doit être celle de « l’ordre républicain, de la dignité retrouvée et du respect mutuel », car, prévient-il, « l’irrespect et le désordre sont les ferments du déclin ». Il exhorte ainsi chaque Gabonais à « réaliser le rêve gabonais » dans la solidarité et le travail.










