En tenant le régulateur à distance durant toute la procédure, les services de sécurité n’ont pas seulement entendu un homme, ils ont semblé fragiliser l’organe suprême de la presse gabonaise.
Il est impératif de rappeler une vérité que certains semblent vouloir occulter : la HAC n’est pas une simple administration de passage. Elle est à la presse ce que le Conseil supérieur de la magistrature est aux magistrats, ou ce que le Barreau du Gabon est aux avocats. Elle est le « Bâtonnat » des journalistes, l’instance protectrice de la déontologie et le tribunal d’honneur de ceux qui ont pour mission d’informer.
Lorsqu’un avocat est mis en cause, le Bâtonnier est le premier rempart. Pourquoi, lorsqu’il s’agit d’un professionnel des médias, les services de sécurité se croient-ils autorisés à agir dans l’opacité ? Ignorer la HAC, c’est nier l’existence d’un ordre professionnel spécifique et souverain.
Pourtant, la HAC n’est pas restée passive. L’institution a pris ses responsabilités en dépêchant une délégation vers les services du B2 pour savoir si l’interpellation de Roland Olouba Oyabi était strictement liée à ses activités professionnelles. Signe d’un climat de collaboration difficile, ce n’est qu’à la deuxième tentative qu’une délégation de la HAC a finalement été reçue, après avoir essuyé un premier refus de communication.
Cette difficulté à simplement établir un contact institutionnel est révélatrice du manque de considération accordé au régulateur par les services d’enquête.
Bien que les mobiles officiels de son interpellation restent officieusement tus, nos confrères de 7jours infos indiquent qu’il lui serait reproché d’avoir publié des informations classées « secret-défense ».
Cette précision renforce précisément la nécessité de l’intervention de la HAC. En opposant une fin de non-recevoir à la première main tendue du régulateur, le B2 a entretenu un flou délétère. Ce silence imposé à la HAC est une atteinte à la régulation : on a refusé au « Bâtonnat des journalistes » le droit de savoir pourquoi l’un des siens était privé de liberté.
En substituant la force de l’interrogatoire à la sagesse de la régulation, on réduit la presse à une simple variable sécuritaire. Personne n’est mieux placé que les membres de la HAC pour juger si une publication sort du cadre déontologique ou légal. Il est incompréhensible d’écarter l’expertise de cet organe constitutionnel au profit d’un traitement policier opaque. On ne peut pas clamer la volonté de restaurer les institutions tout en contournant celle qui garantit la liberté d’expression.
Le B2 a ses méthodes, mais la République a ses lois. La HAC doit retrouver son magistère. Ignorer ses demandes de clarification, c’est ouvrir la porte à l’arbitraire et affaiblir l’État de droit. La libération de Roland Olouba Oyabi ce matin ne doit pas occulter le problème de fond : la faible place accordée au régulateur national des médias dans cette procédure.










