Même si les autorités gabonaises ont annoncé la suspension des réseaux sociaux « jusqu’à nouvel ordre », on observe que plusieurs entreprises — et parfois même des institutions — continuent de publier ou d’apparaître sur ces plateformes. Cette situation, en apparence paradoxale, peut s’expliquer par plusieurs facteurs techniques et économiques.
À mon sens, l’explication la plus plausible tient à la segmentation des offres des fournisseurs d’accès Internet (FAI) au Gabon. Ceux-ci proposent généralement deux grandes catégories de services : une offre destinée au grand public (FTTH) et une offre destinée aux entreprises (FTTB).
Au regard des motivations officiellement avancées pour justifier la suspension des réseaux sociaux il est raisonnable de penser que les restrictions ont été prioritairement appliquées aux offres grand public. Cette approche permettrait de limiter l’impact macroéconomique d’une coupure totale, en préservant partiellement la capacité des entreprises structurées à communiquer, notamment celles dont l’activité dépend fortement du numérique.
Cela étant, il n’existe pas encore de statistiques publiques issues d’études officielles permettant de mesurer précisément l’impact de cette décision en fonction de la taille des entreprises au Gabon. On peut toutefois raisonner à partir de données de contexte.
On estime qu’environ 40 % de la population gabonaise est utilisatrice active des réseaux sociaux, soit un peu plus de 900 000 personnes. Les réseaux sociaux sont ainsi devenus une brique essentielle de la communication commerciale et du marketing digital pour les entreprises de toutes tailles, mais aussi pour une large partie de l’économie informelle.
Ce sont précisément les PME, les très petites entreprises et les acteurs du secteur informel qui se retrouvent les plus exposés. Beaucoup dépendent quasi exclusivement de plateformes comme Facebook, WhatsApp, Instagram ou TikTok pour leur visibilité, l’acquisition de clients, la prise de commandes, et parfois même l’encaissement des paiements.
C’est notamment le cas dans des secteurs comme la restauration, le commerce de proximité, l’artisanat ou les services à la personne. Pour ces acteurs, la suspension des réseaux sociaux ne représente pas seulement une contrainte de communication : elle peut entraîner une baisse immédiate du chiffre d’affaires, avec des effets en chaîne sur l’emploi, les revenus des ménages, la collecte des impôts et, plus largement, sur l’équilibre social.










