L’annonce avait été faite en grande pompe en mars 2023 : la Commission devait quitter Malabo pour réinvestir Bangui. Pour accompagner ce mouvement, une enveloppe colossale de plus de 800 millions de FCFA a été débloquée au titre des frais d’installation.
Pourtant, la réalité sur le terrain est tout autre. Si les primes individuelles, oscillant entre 8 et 10 millions de FCFA par agent, ont bien été encaissées, de nombreux fonctionnaires brillent par leur absence dans la capitale centrafricaine. Le hic ? Certains cadres de haut rang, à l’instar du coordinateur du projet PRAFI, Mohamadou Lamine Djika, auraient perçu ces indemnités tout en restant stationnés à Malabo.
Une institution « à deux vitesses »
Le malaise ne s’arrête pas aux simples agents. Au sommet de la pyramide, la fracture est nette. Sur les quatre commissaires, trois seulement ont rejoint Bangui. Le département des politiques économiques et monétaires, piloté par le Gabonais Nicolas Beyeme Nguema, continuerait de fonctionner depuis la Guinée équatoriale, justifiant son absence par des liens familiaux et des proximités présidentielles.
Cette situation crée une administration schizophrène : une partie de l’équipe tente de relancer la machine à Bangui, tandis que le cœur décisionnel et financier reste ancré à Malabo, malgré les budgets déjà consommés pour le transfert.
Le « marathonien budgétaire » : 500 jours de mission
Le pilotage de l’institution par son président, Balthazar Engonga Edzo, cristallise aujourd’hui toutes les interrogations. Entre les deux capitales, le ciel est devenu son bureau principal. Selon des sources internes, le président cumulerait plus de 500 jours de mission depuis juin 2023.
Ces déplacements incessants, facturés au prix fort (on parle d’un million de FCFA minimum par jour), contrastent violemment avec la santé financière de la Commission. Alors que les frais de mission s’accumulent, l’institution est contrainte de geler certaines activités essentielles faute de trésorerie. « Les billets d’avion sont partis en mission avant le personnel », grince-t-on en interne.
L’urgence d’un audit de vérité
Face à cette gestion jugée opaque, où les réunions de cabinet sont quasi inexistantes et où le contrôle interne semble avoir abdiqué, la pression monte. Des voix s’élèvent pour réclamer un audit à mi-mandat.
L’enjeu n’est plus seulement comptable. Il s’agit de sauver la crédibilité d’une organisation régionale dont l’image est ternie par ce qui s’apparente à une crise de gouvernance profonde. Pour les partisans de la transparence, il est temps de transformer ce retour symbolique à Bangui en une réalité opérationnelle, loin des acrobaties financières qui vident les caisses communautaires.










