L’ombre de la compromission ?
Le malaise a éclaté au grand jour lorsque des rumeurs persistantes de « deals » de couloir ont commencé à circuler au sein des établissements. Plusieurs membres influents du collectif accusent ouvertement une partie du bureau de coordination de s’être montrée trop conciliante lors des dernières séances de la Commission Tripartite.
Le grief est précis : certains leaders auraient accepté de discuter de la reprise des cours avant même que l’effet solde des 3 000 régularisations annoncées par le gouvernement ne soit acté sur les bulletins de salaire. Pour la base radicale, ce recul est perçu comme une trahison pure et simple.
Une scission stratégique majeure
Au-delà des attaques personnelles, c’est une véritable fracture idéologique qui divise désormais SOS Éducation. Deux camps irréconciliables semblent se dessiner
Les pragmatiques : Pour eux, la présence du Vice-Président du Gouvernement à la table des négociations est une victoire politique qu’il faut exploiter. Ils plaident pour une sortie de crise par étapes, craignant qu’une radicalisation excessive ne finisse par retourner l’opinion publique, et notamment les parents d’élèves, contre le corps enseignant.
Les intransigeants : Fidèles à la ligne dure de Marcel Libama, ils estiment que tout compromis avant un acte administratif concret est une reddition. Pour ce camp, porté par le soutien de figures comme Jean-Valentin Leyama, le gouvernement cherche simplement à gagner du temps pour épuiser le mouvement.
Le gouvernement en observateur attentif
Cette fissure au sein du front syndical est une aubaine pour le ministère de l’Éducation nationale. Si Camélia Ntoutoume Leclercq reste la cible des critiques pour sa gestion passée, l’affaiblissement de l’unité de SOS Éducation offre au gouvernement un levier inespéré. En jouant sur les divisions internes, l’exécutif pourrait être tenté de signer un accord avec la frange modérée pour isoler les radicaux.
Toutefois, ce calcul est risqué. Si SOS Éducation explose, l’interlocuteur unique disparaît, laissant place à une multitude de petits collectifs incontrôlables, rendant toute sortie de crise globale impossible.
Sur les réseaux sociaux, les échanges sont virulents. Les partisans de la fermeté rappellent les milliards évaporés de l’ère Moundounga pour justifier leur méfiance totale envers les promesses actuelles. Pour eux, le risque de « clochardisation » dénoncé par les soutiens politiques du mouvement ne peut être conjuré que par une victoire totale et sans ambiguïté.
Alors que les négociations se poursuivent, l’avenir de SOS Éducation ne dépend plus seulement de la volonté du gouvernement à décaisser les fonds, mais de sa propre capacité à ressouder ses rangs. Car dans ce bras de fer, une règle demeure immuable : un syndicat qui se fissure est un syndicat qui perd son pouvoir de coercition.










