Au-delà du débat institutionnel et politique, la décision de suspendre l’accès aux réseaux sociaux soulève des enjeux majeurs en matière de cybersécurité et d’impact économique.
Sur le plan de la sécurité numérique, j’alerte sur un effet de bord à la fois prévisible et préoccupant. 40% de la population gabonaise est présent sur les réseaux sociaux dont 90% sur Facebook et certain pour des raisons économique (commerçants, PME, créateurs de contenus, médias, services). Cette population se tourne déjà vers des solutions de contournement, notamment via le téléchargement de VPN et d’outils dits « gratuits ». Or, l’expérience montre que ce type de situation s’accompagne presque systématiquement d’une hausse des risques, notamment le téléchargement d’applications malveillantes ou piégées, une exposition accrue aux campagnes de phishing, aux malwares et aux vols de données, des risques de fuite d’informations personnelles et professionnelles, et, dans certains cas, des fraudes financières liées à des paiements en ligne ou à des services frauduleux.
Autrement dit, si cette mesure peut poursuivre un objectif de « sécurité nationale » d’après les autorités, elle peut aussi entraîner, à court terme, une augmentation significative du niveau de menace cyber pour les citoyens, les entreprises et les administrations, en particulier pour les utilisateurs les moins sensibilisés aux risques numériques.
Dans ce contexte, et en l’absence d’un organe national pleinement opérationnel de veille et de réponse aux incidents cyber, j’appelle à la plus grande prudence et recommande des mesures simples mais essentielles. Il convient de ne télécharger des applications que depuis les plateformes officielles comme l’App Store ou le Play Store, de ne jamais communiquer ses informations sensibles, en particulier ses moyens de paiement, et d’éviter les paiements en ligne ou, à défaut, de s’assurer strictement d’être sur une plateforme officielle et légitime.
L’adoption de ces réflexes de base par le plus grand nombre permettra de limiter les risques et de réduire l’impact global de cette situation sur la sécurité numérique du pays.
Didier SIMBA
Directeur Général DSTrust | Expert en cybersécurité










