Par Guillou Bitsutsu-Gielessen
Le constat est sans appel et les chiffres, têtus, dessinent les contours d’une souveraineté financière en trompe-l’œil. Depuis 1986, le Gabon semble s’être installé dans une salle d’attente qui ne désemplit pas : celle des institutions financières internationales. Quarante ans après, une question brutale s’impose pour l’avenir de notre nation : notre pays est-il condamné à la quasi-faillite perpétuelle ?
L’histoire économique de ces quatre dernières décennies ressemble à un carnet de santé alarmant. En quarante ans, le Gabon a sollicité l’intervention du FMI à quinze reprises, ce qui revient à dire que le pays a recours à une cure d’austérité ou à un plan de sauvetage tous les deux ans et demi en moyenne. Cette dépendance s’est également traduite par trente-deux appels à l’aide auprès de la Banque mondiale et par le financement d’environ soixante-dix opérations par la BAD, incluant tant des projets individuels que des appuis budgétaires. Plus inquiétant encore, le pays a dû se présenter à six reprises devant le Club de Paris pour restructurer ou rééchelonner sa dette, une démarche que l’on n’entreprend que lorsque l’on ne peut plus rembourser ses créances existantes.
Le bilan comptable de notre destin national est vertigineux. Sur quarante ans de gestion, seize années seulement ont été couvertes par nos propres ressources budgétaires tandis que vingt-quatre ans de budgets semblent s’être volatilisés. Ces deux décennies de pure perte n’ont pas été comblées par une création de richesse réelle, mais par un recours systématique et outrancier à l’endettement. C’est précisément cette fuite en avant qui justifie le nombre anormalement élevé d’interventions des bailleurs de fonds internationaux.
Nous arrivons aujourd’hui au pied du mur. Les projections pour la fin de l’année 2026 sont cataclysmiques puisque le montant de l’endettement du Gabon devrait atteindre un peu plus de 9 000 milliards de francs CFA. Cela représenterait environ 82 % de notre Produit Intérieur Brut, pulvérisant ainsi le seuil limite de 70 % recommandé par la BEAC. Sans une transformation radicale de notre économie, une gestion rigoureuse des finances publiques ou l’intervention d’un miracle, il nous sera désormais presque impossible de rembourser cette dette.










