Au 1er janvier 2026, le Gabon a procédé à l’augmentation de la redevance passager (R4), intégrée au prix des billets d’avion. Présentée comme une mesure destinée à financer les infrastructures aéroportuaires, cette décision intervient dans un contexte économique déjà marqué par une pression fiscale élevée, une inflation persistante et une érosion continue du pouvoir d’achat. Mais au-delà de ses effets immédiats sur les usagers résidents, cette hausse révèle une contradiction stratégique plus profonde : elle s’inscrit à rebours de la dynamique régionale portée par la CEDEAO et accentue la marginalisation d’un acteur pourtant central de l’économie nationale : la diaspora gabonaise.
Depuis 2024, l’espace CEDEAO a engagé une orientation claire en matière de transport aérien, considérant la mobilité comme un levier structurant de l’intégration régionale, de l’attractivité économique et du développement touristique. La logique défendue repose sur la réduction des coûts d’accès au territoire afin de stimuler les flux, accroître les volumes et générer, par effet d’entraînement, des recettes économiques indirectes durables. Cette approche tranche avec les politiques de surtaxation, désormais perçues comme contre-productives dans des marchés aériens encore fragiles.
C’est précisément dans ce contexte que la décision gabonaise interroge. En augmentant la redevance passager, l’État fait le choix d’un renchérissement supplémentaire du billet d’avion dans un pays où les tarifs figurent déjà parmi les plus élevés du continent à distance équivalente. Cette hausse ne se contente pas d’affecter la mobilité intérieure ; elle frappe de plein fouet la diaspora gabonaise, déjà confrontée à un coût de transport prohibitif pour maintenir le lien avec le pays. Or, cette diaspora n’est ni marginale ni périphérique dans l’économie nationale. Elle constitue un acteur économique, social et politique majeur, contribuant à la fois par les transferts financiers, les investissements privés, les projets entrepreneuriaux, le soutien aux familles et la circulation des compétences. Lors du Dialogue national, cette réalité avait été clairement exprimée. La diaspora avait formulé une demande explicite de baisse des prix des billets d’avion, identifiant le coût du transport comme un frein majeur au retour, à l’investissement et à la participation active à la reconstruction nationale.
La hausse de la redevance passager apparaît donc comme un désaveu politique de cette demande. Là où un signal d’apaisement et d’inclusion était attendu, la décision prise renforce le sentiment d’éloignement et de pénalisation. Pour de nombreux Gabonais établis à l’étranger, voyager vers le pays relève déjà d’un arbitrage financier lourd ; l’augmentation de la R4 transforme cette contrainte en véritable barrière économique, limitant les séjours, les retours temporaires et, à terme, l’ancrage durable de la diaspora dans la dynamique nationale.
Cette situation contraste fortement avec les choix opérés dans plusieurs pays membres de la CEDEAO. Le Nigeria, le Ghana, le Sénégal ou encore le Cap-Vert ont intégré une évidence économique : dans le transport aérien, le volume crée plus de valeur que la surtaxation. En allégeant les redevances et en améliorant l’accessibilité, ces pays favorisent la mobilité de leur diaspora, renforcent les flux touristiques et stimulent les investissements transnationaux, avec des effets positifs sur l’ensemble de l’économie.
À l’inverse, le Gabon fait le choix d’une fiscalité d’isolement qui pénalise à la fois les résidents et les non-résidents, affaiblit sa compétitivité régionale et réduit sa capacité à capter les bénéfices économiques liés à la circulation des personnes. Cette orientation traduit une logique budgétaire de court terme, fondée sur la recherche de recettes immédiates, sans prise en compte suffisante des effets macroéconomiques et sociaux à moyen terme.
Dans un pays engagé dans une transition politique et en quête de crédibilité économique, cette décision envoie un signal contradictoire. Elle donne le sentiment que la fiscalité sert davantage à compenser des fragilités structurelles qu’à accompagner une stratégie de développement cohérente, inclusive et alignée sur les dynamiques régionales.
En définitive, taxer davantage une mobilité déjà contrainte ne renforce ni l’État ni l’économie. À l’inverse, reconnaître le rôle stratégique de la diaspora, aligner la politique aérienne sur les orientations régionales et faire du transport un levier d’inclusion plutôt qu’un outil de prélèvement constituent des conditions essentielles pour renouer avec une trajectoire de croissance durable. Le débat sur la redevance passager dépasse donc la question technique : il interroge directement la vision politique du lien entre l’État, ses citoyens et son avenir économique.










