Pour Bilie-By-Nze, la venue d’Emmanuel Macron ne cache pas ses véritables intentions et peut être décryptée à travers trois messages stratégiques qui visent à préserver les intérêts français.
Le premier message est de nature géopolitique. Il s’agissait de confirmer le Gabon comme une chasse gardée pour la France. Face aux difficultés rencontrées dans d’autres pays africains, il était impératif pour Paris de s’assurer que le Gabon « reste dans le giron français ».
Le second message est essentiellement économique. La visite aurait été motivée par des intérêts industriels, notamment ceux du géant minier Eramet. Macron serait venu s’assurer que la décision du gouvernement gabonais de transformer localement le manganèse « ne serait pas appliquée dans son intégralité ».
L’ancien chef du gouvernement a dénoncé l’inégalité de ce qu’il a appelé un faux partenariat gagnant-gagnant : « Si le minerai appartient au Gabon, et que le Gabon n’a que 20% ou 30% de minerai, est-ce que c’est ça gagnant-gagnant ? »
Le troisième message, enfin, est adressé directement aux populations. Il signifie que le président de la transition, Brice Oligui Nguema, est « le choix de la France », représentant la « continuité d’un système ». Selon M. Bilie-By-Nze, l’éviction d’Ali Bongo n’a « rien changé aux relations entre le Gabon et la France » : « On change de tête, mais le système est le même ». Il a martelé que le Gabon « reste l’essentiel de cette France-Afrique », concluant que cette présence ne constitue qu’une continuité, une « colonie d’exploitation ».
Établissant une comparaison avec la dernière visite en 2023, Bilie-By-Nze a pointé du doigt les manquements protocolaires qui, selon lui, confirment ce « retour vers le passé ». Il a souligné le contraste avec 2023, où la visite était celle d’un sommet, tandis que cette fois-ci, il a dénoncé le fait qu’il y ait eu un appel à la population pour « s’amasser le long des rues pour accueillir le gouverneur des colonies ». Il a également insisté sur la violation de la réciprocité diplomatique, essentielle dans les relations internationales, lors de l’accueil de Macron.
L’ancien Premier ministre a manifesté son vif scepticisme concernant l’appel lancé par le président Oligui Nguema à la France pour l’aider à récupérer les avoirs détournés par l’ancien régime. Il a rappelé l’indépendance de la justice française : « Si lui, il peut donner des instructions à la justice au Gabon, Macron ne peut pas donner des instructions à la justice française ».
Bilie-By-Nze a sévèrement critiqué l’opportunité de l’intervention du président Oligui Nguema sur ce sujet devant son homologue français, y voyant une reconnaissance de dépendance : « C’est comme si, en réalité, il reconnaissait que c’est la France qui gère le Gabon et que lui ne tient que la boutique ».
L’analyse de l’ancien Premier ministre dépeint un Gabon qui, malgré le changement de régime, peine à se défaire des liens qu’il juge asymétriques et néocoloniaux avec la France.









