Depuis l’instauration de cette politique l’année dernière, visant à accroître la valeur ajoutée tirée des ressources minières, les compagnies opérant au Gabon soulignent les difficultés liées à l’approvisionnement en électricité. Selon les industriels, les limites du réseau énergétique actuel constituent un frein majeur à la construction de raffineries, infrastructures particulièrement gourmandes en énergie.
Le ministre Sosthène Nguema Nguema a toutefois rejeté cette analyse. Il a affirmé que l’argument énergétique ne saurait justifier un retard de mise en conformité, s’appuyant sur l’existence de technologies permettant de réduire la consommation d’énergie de 40 % à 60 %. Selon lui, ces solutions alternatives démontrent que les contraintes électriques ne sont plus un obstacle insurmontable à l’industrialisation.
La conformité attendue des opérateurs
Le ministre a été particulièrement explicite sur le cas du groupe français Eramet, qui exploite le gisement de Moanda via la Comilog. Malgré les récents changements de direction au sein de l’entreprise, le gouvernement indique que la stratégie de conformité doit rester inchangée. Sosthène Nguema Nguema a rappelé que l’ensemble des exploitants est soumis aux mêmes exigences de calendrier.
Tout en assurant que l’État fournit l’accompagnement administratif nécessaire, le ministère a précisé que la responsabilité opérationnelle du respect des délais repose sur les entreprises. L’administration attend désormais la soumission d’échéanciers détaillés pour s’assurer de l’avancement effectif des projets de raffinage.
Une transition stratégique pour l’économie gabonaise
Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon a exporté 9,4 millions de tonnes en 2024, un volume en baisse de 5,3 % par rapport à l’année précédente et composé en grande partie de minerai brut. Le passage à la transformation locale s’inscrit dans une volonté plus large de diversification économique, le manganèse étant un composant essentiel pour la sidérurgie et la production de batteries pour véhicules électriques.
Les réserves structurelles et le défi du capital humain
Face à cette fermeté gouvernementale, les acteurs économiques soulignent l’ampleur des défis techniques et logistiques. Des analyses sectorielles indiquent que la transformation intégrale de la production annuelle de manganèse pourrait requérir une capacité installée excédant les 3 500 MW, un volume largement supérieur aux capacités actuelles du pays.
À ce déficit énergétique s’ajoute un important besoin infrastructurel. Les opérateurs soulignent que le réseau de transport, tant ferroviaire que routier, ainsi que les installations portuaires, doivent être adaptés pour soutenir les flux d’une industrie de transformation plus complexe que la simple extraction.
Parallèlement, le défi des ressources humaines demeure crucial : le manque de cadres techniques et d’ingénieurs spécialisés formés localement impose un effort massif de formation. Les industriels avertissent qu’une interdiction stricte en 2029, sans une mise à niveau coordonnée des infrastructures, des compétences et de l’offre d’électricité, pourrait entraîner une paralysie des exportations et une baisse des revenus pour l’État.









