Selon Alain-Claude Bilie-By-Nze, la grève actuelle, centrée sur la régularisation des situations administratives, les mises en solde et les rappels, révèle une crise profonde où les enseignants sont contraints d’obtenir par la force « ce que l’État leur doit et qu’il aurait dû régler depuis plusieurs années déjà ». L’opposant martèle que le nœud du problème est aujourd’hui « moins budgétaire que politique », d’autant plus que les autorités de la Transition ont affirmé de manière péremptoire que « l’État a l’argent » et que celui-ci ne manquerait pas durant le mandat (Ndlr : Bilie-By-Nze fait référence à des propos que le président de la République Brice Clotaire Oligui aurait tenus durant la transition). Pour lui, l’amélioration récente du traitement des officiers généraux et l’annonce du service militaire obligatoire prouvent que les ressources financières existent.
Le démenti des chiffres sur le « gel » administratif
L’ancien chef du gouvernement a également tenu à contester fermement l’idée d’un gel administratif total avant le 30 août 2023, qualifiant cette narration de « contre-vérité qui prospère ». S’appuyant sur les données du ministère de la Fonction publique, il démontre que l’Éducation nationale a été le premier bénéficiaire des régularisations sous le précédent régime, absorbant « 4 247 recrutements et 1 403 reclassements, soit 5 650 situations régularisées en quatre ans ». Avec près de la moitié des recrutements globaux réalisés par l’État sur la période 2019-2023, il affirme que « les régularisations étaient non seulement ouvertes, mais clairement prioritaires sur ce secteur ».
Une école « déconnectée » de l’économie réelle
Le dernier Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba regrette que les débats successifs aient réduit l’école à « un problème matériel et financier ». Citant des rapports internationaux, il illustre le paradoxe d’un continent qui a « massifié la scolarisation sans massifier les compétences ». Selon son analyse, le système gabonais ne prépare pas les jeunes à « l’économie réelle, encore moins à la transformation du pays », produisant des cohortes de diplômés « en décalage avec l’économie ». Il rappelle à cet effet que « l’emploi suit les compétences, pas les diplômes », un principe sacrifié sur l’autel d’une « verticalité administrative » où « le ministère prescrit, les enseignants exécutent, les parents observent, les élèves subissent ».
Huit propositions pour un « changement de logiciel »
Pour sortir de l’impasse, celui qui fut le principal adversaire de Brice Clotaire Oligui Nguema lors du dernier scrutin propose de transformer l’école en un véritable instrument de souveraineté. « Tant que ces compétences sont importées ou externalisées, la souveraineté reste théorique », prévient-il. Alain-Claude Bilie-By-Nze appelle à aligner la finalité de l’école sur le développement national pour éviter qu’elle ne devienne « un appareil bureaucratique et une usine à diplômes sans débouchés ». Sa vision repose sur une revalorisation du métier d’enseignant, soulignant qu’un « système éducatif est à la hauteur de ses enseignants », bien que rien ne soit pensé aujourd’hui comme un « continuum professionnel ».
L’ancien locataire de la Primature insiste enfin sur la nécessité d’intégrer le secteur privé et confessionnel — qui scolarise un élève sur trois — dans une réflexion globale. Il préconise de considérer l’éducation comme la « première politique industrielle » du pays et plaide pour une école de la citoyenneté qui réhabilite l’histoire nationale. Pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, l’enjeu est vital : « Sans elle, il n’y aura ni transformation économique, ni innovation, ni citoyenneté ».
Au-delà du débat politique et des postures militantes, reste une question centrale : cette vision sera-t-elle entendue par le gouvernement pour sortir durablement de la crise ?










