La question de la pratique religieuse dans les institutions
Les images du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, et de son cabinet en prière au sein du Palais Rénovation ont été largement diffusées par la presse. Cette rencontre s’est tenue ce mardi, en marge d’une audience accordée aux membres de la Conférence Épiscopale du Gabon. Ces clichés, montrant des autorités religieuses et politiques en dévotion dans l’enceinte de la Présidence, soulèvent des interrogations légitimes sur la séparation des sphères.
Il est établi que le chef de l’État dispose de la prérogative de recevoir toute figure représentative de la société : dignitaires chrétiens, musulmans, autorités du Bwiti ou membres de sociétés traditionnelles. En tant que président de tous les Gabonais, indépendamment de leurs convictions — qu’ils soient croyants, animistes ou athées — cette ouverture fait partie du dialogue national.
Cependant, l’introduction de rites religieux au cœur des institutions de la République pose la question du signal envoyé aux citoyens. La gestion de l’autorité publique suppose, en principe, une distinction entre les convictions personnelles et les fonctions officielles, afin de préserver la neutralité de l’État.
L’enjeu de l’égalité devant la loi
La Constitution gabonaise garantit la liberté de culte et la stricte égalité entre toutes les confessions. Dès lors que la neutralité de l’espace public est assouplie, une forme de jurisprudence tacite pourrait s’installer. Les autres composantes de la société — protestants, églises réveillées, musulmans ou garants des traditions — pourraient légitimement prétendre aux mêmes égards rituels lors de leurs audiences officielles.
Ce précédent pourrait également influencer l’administration à d’autres échelons. Par mimétisme, des agents du secteur public pourraient être tentés d’inviter des autorités spirituelles (marabouts, bandzis) pour des bénédictions sur leur lieu de travail, rendant ainsi floue la frontière entre la sphère privée et le service de l’État.
Le cadre juridique actuel du Gabon est calqué sur le modèle de laïcité français, privilégiant la neutralité confessionnelle de l’État. Si une évolution vers une reconnaissance explicite du fait religieux était souhaitée, elle nécessiterait une modification constitutionnelle. À l’instar du modèle américain, le Gabon pourrait alors inscrire officiellement des références spirituelles en faisant référence à la religion catholique dans ses symboles, telles que « Que Dieu bénisse le Gabon ». À défaut d’une telle clarification, le respect strict des textes en vigueur demeure le rempart contre d’éventuelles dérives sectaires.
La mémoire collective retient l’installation de l’ancien président Ali Bongo Ondimba comme Grand Maître de la Grande Loge du Gabon, une cérémonie mêlant symboles républicains et maçonniques. Avec le recul, l’opinion mesure l’impact de ce mélange des genres, où l’appartenance à une obédience a pu parfois primer sur la hiérarchie administrative et ministérielle.
En conclusion, la laïcité ne saurait être perçue comme une opposition à la foi, mais comme un mécanisme de protection de l’unité nationale. Pour garantir la cohésion de l’État, le Palais Rénovation gagne à demeurer l’espace de la loi commune, au-dessus des dogmes particuliers.










