Ce jour-là, l’ancien Premier ministre n’était pas seul. Assisté des partis alliés, il a affiché un front uni pour délivrer un message de ralliement : « Notre présence ici et avec les partis alliés, c’est aussi un message à l’endroit des populations gabonaises et du peuple gabonais. Un message pour leur dire n’ayez pas peur, pour leur dire gardez confiance. » Cette image de cohésion témoigne d’une mutation profonde : Bilie-By-Nze, celui qui a fait son chemin de Damas depuis la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba, n’est plus cet opposant isolé des premiers jours, mais bien un des pivots d’une coalition déterminée à bâtir une alternative crédible face au pouvoir en place.
L’exigence de transparence sur l’amnistie constitue le premier pilier de cette charge. Si la Constitution de 2024 acte le principe, Bilie-By-Nze somme Oligui Nguema et son gouvernement de publier la liste nominative des bénéficiaires. « Le peuple a besoin de savoir qui sont les vrais libérateurs », a-t-il martelé, rappelant que cette loi est votée au nom du peuple gabonais. Cette question de responsabilité républicaine est indissociable d’une clarté totale sur l’identité de ceux que le Palais de la Rénovation érige en héros, l’opposant refusant que le sceau du secret ne couvre des décisions qui engagent l’histoire de la nation : « Nous voulons savoir qui a bénéficié de la justice et pour quelles raisons. »
Le réquisitoire s’est prolongé sur le terrain financier avec la dénonciation d’une gestion budgétaire opaque. Bilie-By-Nze pointe un recours massif au gré à gré, devenu la norme au détriment des appels d’offres, avec plus de 93 % des marchés passés sous ce régime depuis septembre 2023. Il réclame la mise à nu des contrats, des noms des entreprises et de l’identité des actionnaires. « C’est une question de bonne gouvernance, c’est aussi une question de lutte contre la corruption, de lutte contre les malversations, de lutte contre les passe-droits et les délits d’initié », a-t-il affirmé. Cette exigence de probité est présentée comme une nécessité impérieuse face au FMI, lequel ne manquera pas d’exiger des garanties de la part d’Oligui Nguema et son gouvernement sur les bénéficiaires effectifs des fonds publics.
Le mutisme des autorités sur le dossier de l’île Mbanié a également été fustigé. Alors que l’Union Africaine a nommé Albert Shingiro pour accompagner la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour internationale de Justice, le leader de l’opposition s’étonne de l’absence de communication officielle émanant du Palais de la Rénovation. Il interpelle directement le pouvoir sur ses intentions territoriales : « Est-ce qu’ils entendent céder Mbanié ? Est-ce qu’ils entendent donc se soumettre à cet arrêt ? » Pour Bilie-By-Nze, la gestion de ce conflit frontalier ne peut s’accommoder de non-dits alors que l’intégrité du territoire est en jeu.
C’est toutefois sur la réforme du Code de la nationalité publiée dans le journal officiel du 26 mars que l’offensive a été la plus virulente. Qualifiant l’ordonnance de texte « mortifère », l’opposant rejette la création de catégories de citoyens. Il dénonce une volonté d’exclusion qui interdirait l’accès à certaines fonctions régaliennes à une partie des Gabonais : « On ne peut pas laisser à un être humain le pouvoir de nous enlever ce que Dieu nous a donné. C’est impossible. » Invoquant l’héritage des pères fondateurs, il appelle à un retrait du texte pour bâtir un consensus national, plutôt que de laisser à Oligui Nguema et son gouvernement le droit de fragmenter la nation.
En conclusion, il a annoncé qu’une action commune avec les autres forces de l’opposition viendrait prochainement donner une suite concrète à ces dénonciations.









