L’école gabonaise est à l’arrêt. Face à une base syndicale radicalisée et un dialogue gouvernemental rompu, le Chef de l’État a dû se résoudre à une mesure d’urgence : la nomination d’un médiateur « ad hoc » en la personne de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Si le profil de l’ancien opposant semble avoir reçu l’assentiment des enseignants, cette décision met en lumière un paradoxe institutionnel gênant.
Une institution au chômage technique ?
Le Gabon dispose pourtant, depuis avril 2023, d’un Médiateur de la République en titre : Alexis Boutamba Mbina. Installée en grande pompe pour huiler les rouages entre l’administration et les administrés, cette institution brille par son absence dans la gestion de la crise sociale la plus grave de ce début d’année.
Pour les critiques, ce recours à une personnalité extérieure pour jouer les pompiers est une preuve supplémentaire de la budgétisation de structures jugées inopérantes. Pourquoi maintenir une Médiature de la République, avec ses bureaux et son budget, si le règlement des conflits majeurs doit systématiquement être confié à des émissaires nommés au cas par cas ?
Un Médiateur pour les agendas politiques uniquement ?
L’analyse des interventions d’Alexis Boutamba Mbina renforce ce sentiment d’une institution à géométrie variable. Ses sorties médiatiques semblent quasi exclusivement réservées aux périodes électorales ou aux enjeux de conservation du pouvoir.
Qu’il s’agisse de ses appels solennels lors du référendum constitutionnel, de ses plaidoyers pour le « vivre-ensemble » en pleine campagne électorale, ou de ses invitations au « sursaut citoyen » avant la présidentielle, le Médiateur de la République semble s’être mué en un simple régulateur de la température politique. Ses prises de parole, souvent centrées sur l’unité nationale et l’apaisement des scrutins, contrastent violemment avec son silence assourdissant dès qu’il s’agit de conflits sociaux concrets qui touchent le quotidien des Gabonais. Le rôle du Médiateur se résume-t-il à n’être qu’un porte-voix de la stabilité électorale, au détriment de sa mission de conciliation sociale ?
L’anachronisme numérique : l’isolement d’une institution
Le manque de pertinence est aussi numérique. À l’ère de la digitalisation, la Médiature du Gabon est l’une des rares institutions à ne disposer d’aucun site internet officiel. Sur le portail de l’Association des Ombudsmans et Médiateurs de la Francophonie (AOMF), si le Gabon y est bien membre, la fiche de l’institution ne renvoie vers aucune plateforme nationale. Pour un citoyen souhaitant saisir le médiateur, l’institution est virtuellement invisible.
L’interpellation de François Ndong Obiang
Cette situation devrait interpeller au premier chef le ministre de la Réforme et des Relations avec les Institutions, François Ndong Obiang. En tant que garant du renouveau institutionnel, le ministre peut-il encore justifier le maintien d’une structure qui déserte le terrain social pour ne s’activer qu’à la veille des élections ?
Interrogé par Gabonreview sur cette redondance, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi tente de faire preuve de pédagogie en distinguant son rôle de médiateur « social » de celui, « administratif », du Médiateur de la République. Il insiste sur son autonomie : « Le Médiateur est totalement autonome, il n’a ni conclusions, ni recommandations à produire ».
Cependant, cette subtilité sémantique peine à masquer le malaise. Pour les partisans de la suppression des institutions inutiles, cet épisode est une aubaine. Si la mission de Ntoutoume Ayi réussit, elle n’en restera pas moins un camouflet pour Alexis Boutamba Mbina.










