Une rupture de style quasi inédite
L’épisode a de quoi laisser perplexe, tant sur la forme que sur le fond. Quelques heures seulement après que le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a personnellement félicité son homologue guinéen Mamadi Doumbouya sur ses canaux officiels, Théophane Nzame-Nze Biyoghe est monté au créneau. Depuis Koulamoutou, le porte-parole a donné lecture d’un communiqué reprenant, mot pour mot, l’essence du message présidentiel.
Cette mise en scène est quasiment inédite dans les annales du Palais Rénovation. De mémoire de citoyen, au moins sous l’ère d’Ali Bongo, aucun porte-parole ne s’était jamais prêté à l’exercice d’une déclaration vidéo solennelle pour de simples félicitations diplomatiques. Jusqu’ici, la présidence se contentait de publications sur les réseaux sociaux en complément des canaux officiels de la chancellerie. Cette nouvelle propension à transformer chaque acte de courtoisie en événement médiatique interroge : « Pour féliciter ton camarade tu dois faire conférence de presse et pire envoyer ton porte-parole ? Tu ne pouvais pas juste l’appeler puis faire un message Facebook ou Twitter ? », s’est indigné un internaute hier.
Un bégaiement protocolaire face à l’urgence sociale
Cette redondance a immédiatement fait réagir une opinion publique attentive. « Communication inutile, c’était déjà fait sur sa page Facebook », a tranché un citoyen. Dans un contexte de transition où chaque geste est scruté, ce déploiement paraît appartenir à une forme de communication surannée, en décalage avec la sobriété attendue.
Le malaise est d’autant plus profond qu’il touche au sens des priorités. Alors que le pays attendait hier soir les vœux à la Nation, l’emphase mise sur la « vision de dignité » en Guinée a semblé bien lointaine. Le commentaire d’un internaute a résumé ce sentiment de déconnexion : « Bon maintenant notre problème dans ça c’est quoi ? Ça va apporter du pain sur notre table ? ». En choisissant d’occuper l’espace avec une courtoisie diplomatique redondante, la Présidence a pris le risque de paraître sourde aux urgences sociales. « On plane tous maintenant dans ce bled », a déploré un autre fidèle de la page officielle.
Précipitation et doutes sur le calendrier
Au-delà de la forme, c’est la précipitation du Palais qui a interpellé. Le communiqué lu par Théophane Nzame-Nze Biyoghe évoquait une victoire traduisant « la maturité du peuple guinéen », alors même que les résultats en République de Guinée demeuraient provisoires.
Une hâte qui n’a pas échappé à la vigilance des citoyens : « Attendez au moins que les dits résultats soient confirmés par le conseil constitutionnel pour s’empresser », a conseillé un abonné, rejoint par un autre : « Ils ont dit résultats provisoires, pourquoi êtes-vous pressés de le féliciter ? ». Cette impatience diplomatique, couplée au doublon médiatique, donne l’impression d’une communication qui cherche à exister à tout prix, quitte à bousculer les usages et la prudence élémentaire.
En conclusion, si la diplomatie exige des symboles, elle demande aussi de la mesure. En voulant « trop » bien faire, le porte-parole a transformé un acte banal de courtoisie internationale en un sujet de polémique domestique. Pour ce premier jour de l’année 2026, l’opinion semble envoyer un message clair au Palais : moins de mise en scène, plus de clarté.










