Une longévité sans précédent : le doyen d’Afrique centrale
Depuis 2014, Pierre-Alain Mounguengui règne sans partage sur le football gabonais. En douze ans de présidence ininterrompue, le natif de Tchibanga a effacé les records de ses illustres prédécesseurs, de Boniface Assélé à Léon Ababe, en passant par Placide Dieudonné Engandzas. Aujourd’hui, il fait figure de doyen incontesté parmi les présidents de fédérations des pays frontaliers du Gabon. Cette longévité exceptionnelle a transformé le siège d’Owendo en ce que les observateurs appellent désormais la « Maison du Père », un bastion où l’alternance semble être devenue un concept lointain.
Ce parcours n’a pourtant pas été sans turbulences majeures, notamment sur le plan judiciaire. En avril 2022, le patron du football gabonais avait été interpellé par la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM). Cette arrestation faisait suite aux révélations fracassantes du quotidien britannique The Guardian concernant un vaste scandale d’abus sexuels touchant une centaine de jeunes footballeurs dans le pays. Mis en examen pour non-dénonciation de crimes de pédophilie, Pierre-Alain Mounguengui avait été placé en détention provisoire à la prison centrale de Libreville. Il n’aura fallu que quelques mois et une intervention diplomatique musclée du président de la FIFA, Gianni Infantino, pour que le dirigeant retrouve la liberté ; un épisode qui continue de nourrir le débat sur l’impunité au sein de l’institution.
Le verrouillage électoral : des candidatures balayées
Le suspense pour le rendez-vous de Mouila a pris fin prématurément avec le rejet systématique des dossiers de l’opposition. Le verrou des sept parrainages minimum s’est révélé être un mur infranchissable pour les challengers. Darneau Essia Ndong est le seul candidat, en dehors du sortant, à avoir réussi à décrocher un unique parrainage symbolique, tandis qu’Axel Nguema Edou et Christian Nzogho Mintsa ont été purement et simplement écartés.
Ce verrouillage est d’autant plus critiqué que le processus est entaché d’irrégularités statutaires majeures. La commission électorale dirigée par Jean-Luc Ndongo aurait été nommée à main levée au mépris du vote secret exigé par les textes.
De plus, le président sortant aurait mobilisé six parrainages de clubs de deuxième division alors que les statuts n’en autorisent que deux. En maintenant secrète la liste officielle des délégués habilités à parrainer, l’instance aurait ainsi organisé l’éviction de toute concurrence. Cette situation a d’ailleurs poussé la contestation jusque dans la rue. Le vendredi 3 avril 2026, le Collectif pour le salut du football gabonais (CSFG) comptait battre le pavé à Libreville pour dénoncer ces irrégularités, mais le dispositif sécuritaire et l’absence d’autorisation ont douché les ambitions des manifestants. Si la marche a été stoppée net, les contestataires ne s’avouent pas vaincus et menacent désormais la tenue même du vote prévu à Mouila.
Un système de clientélisme au conditionnel
Pour expliquer l’adhésion quasi totale du collège électoral, avec vingt-sept parrainages sur une trentaine de voix disponibles, l’opposition évoque un mécanisme d’influence sophistiqué. Il apparaîtrait que le président sortant entretiendrait les présidents de ligues provinciales par des financements occultes pour s’assurer de leur fidélité. Des gratifications systématiques allant de un à trois millions de FCFA seraient versées aux présidents de clubs lors des matchs des Panthères. La majorité du collège électoral aurait également bénéficié de séjours dorés au Maroc lors de la dernière CAN aux frais de la fédération, avec des frais de mission estimés à quatre millions de FCFA par personne. Ce système impliquerait également une partie de la presse, accusée de déformer la vérité pour abrutir le public, ainsi que les commissions électorale et de recours, perçues comme des rouages au service du maintien du statu quo.
La manne financière : entre opacité locale et standards internationaux
L’enjeu de ce scrutin est avant tout financier puisque la Fegafoot brasse environ deux milliards de FCFA par an grâce aux subventions de la CAF et de la FIFA. Pourtant, le contribuable gabonais continue de porter l’essentiel des charges car l’État assure la prise en charge intégrale de l’équipe nationale masculine avec des budgets dépassant un milliard de FCFA pour chaque rassemblement, ainsi que le financement des championnats de première et deuxième division. Cette gestion se heurte pourtant à une opacité dénoncée par les acteurs du milieu. Alors que la FIFA érige la transparence en dogme en publiant sur son site officiel tous ses rapports financiers ainsi que les rémunérations de ses dirigeants, comme le président Gianni Infantino, la Fegafoot semble naviguer dans des eaux sombres. Rien n’est accessible au plus grand nombre sur les plateformes statutaires ; une gestion jugée inadmissible qui fait écho au flou entourant l’élection actuelle.
De plus, le cadre de la loi 033/2020, qui impose l’obtention d’un agrément technique, d’un récépissé définitif et la validation des statuts par la tutelle, ne serait plus respecté par la fédération depuis 2022. Face à ce hold-up institutionnel, le ministre des Sports, Paul-Ulrich Kessany, dispose désormais des leviers juridiques pour exiger des comptes. Les rapports entre les deux hommes sont notoirement mauvais car le président de la fédération avait autrefois tout mis en œuvre pour empêcher l’élection de Paul-Ulrich Kessany à la présidence de la Ligue de football de l’Estuaire.
Aujourd’hui, le ministre est en position de force pour siffler la fin de la récréation et son choix déterminera si le football gabonais peut enfin s’aligner sur les standards de transparence internationale.







