L’ancien Premier ministre et président du parti d’opposition Ensemble pour le Gabon, Alain-Claude Bilie-By-Nze, était l’invité de l’émission « Le Da Fresh Morning » ce lundi. Au micro de nos confrères, il a livré une analyse sans concession de la gouvernance actuelle, affirmant d’entrée de jeu que « nous sommes le pays des occasions manquées ». Bien qu’il n’ait pas soutenu le coup d’État à l’origine, il estime que celui-ci aurait pu être « une opportunité pour refonder le pays et remettre sur les bons rails », une occasion qu’il juge aujourd’hui « ratée » faute d’avoir analysé le fond des difficultés anciennes de la société gabonaise.
Pour l’ancien Chef du gouvernement, le changement n’est que de façade. Il déplore que l’on se soit « contenté d’un changement au sommet parce qu’on a changé de tête », alors que les structures profondes et les hommes qui les animent restent les mêmes. Il souligne à ce titre que « depuis Ali Bongo à aujourd’hui, un certain nombre de gouvernants de province sont les mêmes », citant les cas du Haut-Ogooué, du Woleu-Ntem ou de l’Estuaire. Selon lui, si l’on ne touche pas à ces fondations, il est vain de s’étonner que « les mêmes problèmes soient là alors qu’on n’a pas posé les diagnostics ».
Abordant la question des institutions, Alain-Claude Bilie-By-Nze n’hésite pas à les qualifier de « bricolées ». Il dénonce une « cacophonie générale » et une confusion des rôles au sommet de l’État. « Nous n’avons plus deux institutions aujourd’hui, nous avons une seule institution, c’est le président de la République », explique-t-il, s’interrogeant sur l’utilité de conserver deux secrétariats généraux ou deux porte-paroles qui font « doublon ». Il critique également l’implication directe du Chef de l’État dans les crises sociales, comme celle de l’éducation, estimant qu’un État « ne s’organise pas comme cela » et que cette méthode court-circuite tout arbitrage futur : « Lorsque le sommet de l’État a échoué, comment voulez-vous qu’après on fasse une médiation ? ».
Face à ce constat, l’opposant propose la tenue des « états généraux de la nation » pour interroger les structures du pays, de l’administration à l’économie. Il suggère de transformer « l’administration du territoire » héritée de la colonisation en un véritable moteur de « développement du territoire ». Il plaide pour une déconcentration réelle afin de « gérer le fonctionnaire au plus près de son lieu d’affectation » et éviter que des enseignants ne soient obligés de « venir suivre leur dossier à Libreville sans rendez-vous avec personne ». Il appelle également à briser les tabous constitutionnels, notamment sur la question ethnique, car « est-ce qu’on peut continuer dans un pays à fermer les yeux sur la question ethnique qui existe ? ».
Sur le plan économique, Alain-Claude Bilie-By-Nze se montre très sceptique vis-à-vis des annonces gouvernementales, notamment sur la fin des importations de poulet. Il prévient que « l’argent ne fait pas tout » et que sans un écosystème complet incluant vétérinaires, abattoirs et chaînes de froid, « cet engagement sera trahi ». Concernant la dette nationale de « 8 600 milliards », il s’interroge brutalement : « C’est passé où ? ». Il juge par ailleurs le rachat d’entreprises pétrolières « inopportun » s’il se limite à des « champs marginaux ».
L’opposant arrivé deuxième à la présidentielle d’avril dernier a également fustigé une propension à la précipitation et à la mise en scène au détriment du fond. Il cite pour preuve les lancements de projets qu’il juge superficiels ou mal préparés : « On a dit qu’on a refait Africa numéro 1. Ça fonctionne ? Non. Le bâtiment, c’était le plus simple à faire ». Plus cinglant encore, il a rappelé des pratiques qu’il invite à ne pas reproduire : « Vous savez qu’ils avaient inauguré Gabon 24 avant qu’il n’y ait une seule caméra dans le bâtiment. Et donc, arrêtons de faire comme cela. Faisons bien les choses ». Pour lui, multiplier les annonces et les « maquettes » ne remplace pas une planification sérieuse.
Enfin, répondant aux critiques sur son propre passé au pouvoir, il assume son évolution : « Hier, je parlais au nom d’Ali Bongo quand j’étais membre de son gouvernement. Là, je parle à mon nom à moi ». Il conclut en avertissant les autorités actuelles que le respect de la parole donnée est crucial, car « les Gabonais n’y croient plus » et qu’il ne suffit pas de « lever les couleurs tous les matins » pour créer du patriotisme, au risque que cela ne devienne que du « folklore ».










