Tout avait commencé par un grand déballage devant les micros. C’est l’homme politique et homme d’affaires Hervé Patrick Opiangah qui, le premier, avait jeté le pavé dans la mare en 2024. Lors d’une conférence de presse mémorable, il révélait les dessous d’un dossier que l’administration semblait vouloir régler dans l’ombre au détriment de l’État.
Le 24 février dernier, l’avocat Antoine Vey a déposé une plainte pour « escroquerie » et « tentative d’escroquerie » visant nommément Diane Moussounda, la patronne de l’Agence judiciaire de l’État (AJE).
L’accusation est grave. Webcor estime avoir été victime d’une manœuvre frauduleuse. En janvier 2024, un accord est signé : le Gabon s’engage à payer 65,5 milliards de FCFA pour clore dix ans de litige sur le Grand Marché de Libreville. En contrepartie, Webcor retire ses poursuites en cassation. Mais une fois le pourvoi abandonné, volte-face totale de Libreville : l’État refuse de payer, arguant que Mme Moussounda n’avait finalement pas le pouvoir de signer un tel chèque.
Pour Webcor, ce n’est pas une erreur administrative, mais une « volonté délibérée de commettre la fraude ». Et pour cause, le scénario ressemble à un copier-coller d’un autre dossier brûlant : l’affaire Santullo. Là aussi, Diane Moussounda avait signé un accord de 78,7 milliards de FCFA avant que la présidence ne demande de faire machine arrière : « L’administration se contredit sur ses propres pouvoirs pour se soustraire à ses engagements », s’insurge-t-on du côté de l’entreprise de BTP.
L’enjeu financier est colossal. Si l’accord de 2024 est définitivement enterré, on en revient aux chiffres initiaux : une condamnation de 103,6 milliards de FCFA, intérêts compris, prononcée en 2018 contre le Gabon pour rupture abusive de contrat. Si Libreville avait réussi à suspendre cette sentence en invoquant des soupçons de corruption, le protocole signé en 2024 affirmait pourtant que ces accusations « n’étaient pas conformes à la réalité ».
La justice française devra rendre sa décision définitive dans les prochains mois, mais en portant l’affaire sur le terrain pénal, Webcor vient de transformer un litige commercial en une affaire d’État hautement politique.










