Il n’y a souvent qu’un pas entre le barreau et l’arène politique. Pour Me Ange Kevin Nzigou, avocat au barreau du Gabon et président du tout nouveau Front Démocratique Socialiste (FDS), cette transition semble presque naturelle. Il rejoint ainsi une lignée de figures emblématiques ayant fait de la défense des droits leur sacerdoce avant d’embrasser un destin politique.
L’histoire regorge de ces parcours : Nelson Mandela, qui débuta en défendant les droits des Noirs sous l’apartheid avant de diriger l’ANC ; Gandhi, avocat en Inde avant de devenir l’icône de l’indépendance ; ou encore, au Gabon, l’illustre Me Pierre-Louis Agondjo-Okawe. Ce dernier s’était illustré en défendant la veuve de Germain Mba contre le régime d’Omar Bongo, subissant quatre ans de prison pour son audace avant de fonder le Parti Gabonais du Progrès (PGP).
Reconnu comme l’un des avocats les plus brillants et impétueux de sa génération, Me Nzigou se retrouve aujourd’hui au cœur d’une apparente contradiction. En tant que conseil, il assure la défense de la Haute Autorité de la Communication (HAC) face à la plainte déposée par le parti « Ensemble Pour le Gabon » d’Alain-Claude Bilie-By-Nze.
Le nœud du problème ? Au lendemain de la décision de la HAC de suspendre les réseaux sociaux, Me Nzigou, en sa qualité de chef de parti, avait fermement condamné cette mesure. Interrogé sur ce grand écart au perron du tribunal de Libreville, l’avocat a balayé l’objection d’une pichenette déontologique : « Je ne retire pas le fait que je trouve que c’est une mesure grave. Mais ce n’est pas la question posée au tribunal. Le juge doit dire s’il est compétent, pas juger ce que chaque Gabonais pense. On est là pour savoir si les conseils d’Ensemble Pour le Gabon ont agi juridiquement ; la réponse est non ».
Cette situation soulève une interrogation profonde : un avocat peut-il plaider à la barre pour une cause qu’il fustige dans ses meetings ? C’est un dilemme comparable à celui d’un avocat qui se battrait pour épargner la peine de mort à son client, tout en prônant son rétablissement dans son programme politique.
Le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a récemment rappelé que la nouvelle loi qui encadre les formations politiques pourrait entraîner la disparition des partis sans élus. Si une telle mesure frappait « Ensemble Pour le Gabon » — et par extension le FDS de Me Nzigou —, l’avocat se fendra sans doute d’un communiqué incendiaire.
Mais une question demeure : si Bilie-By-Nze décidait de porter l’affaire en justice, Me Ange Kevin Nzigou accepterait-il d’être son avocat ?










