Entre « Souveraineté » et « Indignation à géométrie variable »
Dans sa tribune, la sénatrice Nadia Christelle Koye « défend vigoureusement la réforme », y voyant une « réponse légale et nécessaire » face à ce qu’elle qualifie de « période de spoliation de la souveraineté nationale ». Pour l’élue de Mulundu, ce texte est un acte de restauration identitaire indispensable, et elle s’attache fermement à « réfuter les critiques sur une supposée dérive liberticide ».
La réponse de Nelly Ngabima, la Princesse de Souba, est immédiate : « Vous avez raison, Madame. Vous avez surtout raison sur un point : la question de la nationalité est trop sérieuse pour être abandonnée à l’approximation. » Mais elle dénonce immédiatement une posture de façade : « à vous lire, il est évident que votre indignation est à géométrie variable. Lorsqu’il s’agit de durcir le code de la nationalité, de parler d’ascendance, d’“autochtonie”, de “Gabonais de souche”, vous devenez soudain d’une exigence implacable. » Pour Souba, le discours de Koye sur la protection de la Nation cache une réalité bien différente.
Le « Gabonais de souche » face aux privilèges des « hommes de l’ombre »
Le chassé-croisé entre les deux femmes devient frontal lorsque la Princesse de Souba confronte les idéaux de Nadia Christelle Koye à la réalité des cercles du pouvoir. Elle égrène une liste de noms qui, selon elle, échappent à cette rigueur identitaire. Elle interroge : « De quelle nationalité d’origine est Monsieur Alain Kouakoua, dont l’entreprise Mika Services rafle d’importants marchés publics sans appels d’offres ? Quelle est son ascendance autochtone ? Des Gabonais “de souche”, comme dit le texte que vous défendez, n’auraient-ils pas pu en bénéficier ? »
Poursuivant son réquisitoire, elle interpelle la sénatrice sur d’autres figures de l’influence : « De quelle nationalité est Monsieur Pierre Duro, l’homme qui murmure à l’oreille du régime […] Aucun Gabonais, comme dit le texte que vous défendez, n’aurait-il les compétences pour exercer de telles responsabilités ? » ou encore sur « Monsieur Khalil Ryan, l’homme par qui tous les véhicules de l’État sont aujourd’hui achetés ». Elle pointe du doigt une hypocrisie systémique : « votre exigence identitaire disparaît précisément là où se concentrent les intérêts, les marchés, les leviers de pouvoir et les circuits d’influence. » Le verdict de Souba est sans appel : « Pour exclure, vous êtes rigoureuse. Pour distribuer, vous devenez silencieuse. Pour trier, vous êtes intransigeante. Pour attribuer, vous êtes étrangement tolérante. »
« Faire Nation » contre une « Logique de tri »
Le duel s’achève sur la dangerosité d’un texte que Nadia Christelle Koye présente comme protecteur. Pour Nelly Ngabima, il s’agit d’un « instrument dont les contours sont suffisamment flous pour qu’il puisse être utilisé contre n’importe qui, y compris contre vous. » Elle rappelle les positions passées de la sénatrice sur l’élection présidentielle de 2023 pour souligner le risque de retour de bâton : « dans un système où l’expression d’une opinion peut être requalifiée en acte de défiance, voire en posture subversive, êtes-vous certaine que le texte que vous défendez ne pourrait pas, demain, vous viser vous-même ? »
Là où la sénatrice voit une digue contre la spoliation, la Princesse de Souba voit une « logique de tri, d’arbitraire et de division. » Elle conclut en martelant qu’une « nationalité ne se manipule pas. Elle ne peut pas être une variable d’ajustement politique, elle ne peut pas servir à exclure certains tout en étant ignorée pour d’autres. » Pour elle, l’identité gabonaise n’appartient ni à un « texte opportun », ni à une « lecture idéologique », car elle doit servir avant tout à « rassembler, pour protéger et pour faire Nation. » Elle rappelle enfin qu’une nation qui « instaure la suspicion » ou « fragmenter son identité » court à sa perte : « Une nation qui commence à trier ses enfants ne se protège pas, elle se condamne. » Car, en définitive, la nationalité « appartient au peuple. »







